Les trois réponses
À la première question, Comment peut-on tolérer de telles situations ?, ils m’ont répondu : « Personne ne peut vivre dans la pauvreté, ce n’est pas acceptable ». Et puis, la première nous a raconté comment, après avoir sollicité de l’aide pour ses enfants, cela s’est terminé par une intervention de la DPJ et au placement de ses enfants en famille d’accueil. Une histoire pénible sur laquelle, faute d’espace ici, je reviendrai dans une prochaine chronique. « Il faut aller chercher de la nourriture dans des organismes qui
distribuent des aliments qui, parfois, ne sont plus frais ou périmés ». Sa compagne ajoute : « Je veux pouvoir choisir ce que je vais manger, et non ce que d’autres décident à ma place.»
À la seconde question : Que font nos gouvernements pour que cela cesse ?, ils ont réagi vivement : « On ne peut pas faire confiance au gouvernement ; c’est à nous, surtout les femmes de nous organiser. On dirait que les hommes ne veulent pas sortir de chez eux. J’ai insisté : « Si vous aviez à décider pour le gouvernement, que feriez-vous ». Là, les réponses étaient claires et unanimes : « Il faudrait revoir toute sa stratégie pour que les
personnes puissent manger correctement : premièrement, baisser le prix des aliments, deuxièmement, augmenter les salaires et troisièmement, baisser le coût des loyers. Si on avait un revenu décent de notre travail, on n’aurait pas à quémander de la nourriture ou faire les sous-sols d’églises pour s’habiller avec du linge que d’autres ont porté ». Tiens, voilà les bases d’un programme politique ?
Enfin, à la dernière question : Que faites-vous pour mettre fin à ce drame ?, les idées étaient au rendez-vous : « Le marché public de cet été nous a permis d’acheter des fruits et légumes à bon prix et, aussi, de pouvoir les choisir. Avec le marché, on peut acheter et préparer nous-mêmes notre alimentation». Une autre renchérit : « Il faut nous réunir et trouver ensemble notre solution : on est en train de réfléchir à une sorte d’épicerie où on pourrait s’approvisionner avec de bons aliments, créer de l’emploi pour nous et se rencontrer : un endroit qui serait à nous. On a besoin d’aide pour y arriver mais c’est à nous de décider ce qui est bon pour nous.»
C’est fou comme les réponses émergent quand on prend la peine de partager sa réalité avec les autres et que l’on ose exprimer à voix haute et ensemble ce que les autres pensent tout bas et tout seuls.
Patrice Rodriguez