Un vétéran se bat pour les camarades morts au combat
Les noms du sergent d’aviation Conrad Labelle, du matelot Lionel Sénécal, du soldat Gérard Aquin, du sous-officier Yvon Bibeau et du sergent Alexandre Bélanger sont désormais inscrits sur le monument au souvenir de Montréal-Nord.
Leur contribution pour le pays a finalement été reconnue grâce à l’insistance de M. Labelle qui a trouvé son chemin dans les dédales bureaucratiques. Avec sa forte carrure et sa poignée de main toujours aussi ferme, l’octogénaire a d’ailleurs tout d’un homme déterminé.
«Je leur ai dit que je voulais que les noms de nos petits canadiens-français de Montréal-Nord morts au combat soient gravés sur le monument et j’ai gagné», affirme M. Labelle qui a commencé sa lutte en 2011.
Ténacité
Cette année-là, le vétéran raconte avoir contacté son député, Denis Coderre, à ce sujet.
«J’ai dit : “c’est bien beau d’avoir un monument, mais si on ne sait pas c’est pour qui; ça ne donne rien”. Il m’a dit qu’il allait s’en occuper», se souvient le vétéran.
En 2012, M. Labelle a rappelé sa promesse au député. Voyant que rien ne bougeait, le vétéran s’est finalement adressé au conseil d’arrondissement, l’année suivante. Il a alors demandé l’autorisation de graver le nom de son frère Conrad, à ses frais, sur le monument.
Mais, le dossier n’avançait toujours pas assez rapidement pour le vieil homme qui s’est finalement adressé au ministère fédéral des anciens Combattants.
«J’ai appelé à Ottawa et je leur ai conté ça. Ils m’ont dit qu’ils s’en occuperaient. Un mois et demi plus tard, la Ville m’a appelé. Ils m’ont dit qu’il venait de recevoir une lettre d’Ottawa. Ils m’ont dit que les noms allaient être inscrits au printemps», explique M. Labelle.
En janvier 2014, l’arrondissement a d’ailleurs lancé un avis de recherche pour trouver les noms des soldats nord-montréalais morts aux combats. Comme promis, les cinq noms recueillis ont été gravés sur le monument, au printemps dernier.
«Aujourd’hui, les gens qui vont passer devant vont savoir que ces gars-là sont morts en défendant notre liberté. C’est tout ce que je veux», affirme M. Labelle qui se dit reconnaissant envers les élus municipaux.
Devoir de mémoire
Le devoir de mémoire est particulièrement important pour M. Labelle qui, en plus d’avoir perdu plusieurs de ces camarades à la guerre, provient d’une famille de soldats. Son père a participé aux deux Grandes Guerres alors que son frère Conrad est disparu le 24 mai 1944, dans le ciel de Rheinberg, en Allemagne.
Personne ne sait vraiment comment le sergent mitrailleur de 22 ans est décédé, mais la famille Labelle a reçu le triste télégramme, alors que M. Labelle était sur le point de s’embarquer pour l’Angleterre.
«Son avion Landcaster n’est pas revenu alors ils ont dit “missing in action” et c’est tout ce qu’on sait», précise M. Labelle.
Le vétéran n’a jamais revu son frère depuis. En 1998, il s’est toutefois rendu sur sa tombe dans un cimetière allemand où reposent 515 autres aviateurs alliés.
Parmi les soldats nord-montréalais morts au combat, M. Labelle connaissait bien Gérard «Gerry» Aquin. «C’était un de mes grands chums. Nous avons passé son dernier congé ensemble. Je pense qu’il s’est fait descendre à Dieppe ou au débarquement», estime M. Labelle.
Le vétéran a également été à l’école avec Lionel Sénécal. Le navire du matelot de marine marchande a été torpillé par un sous-marin.
Malgré la perte de son frère et de ses amis, M. Labelle n’en veut pas aux Allemands. Il faut dire qu’au cours de la guerre, il a été épargné par des chasseurs allemands alors qu’il était en pratique au-dessus de la Manche.
«Nous n’étions pas équipés pour nous défendre, nous étions seulement en pratique. J’ai vu passer les trois avions et il y a un pilote qui m’a envoyé la main. Ce n’était pas tous des fous», explique l’ancien mitrailleur d’avion Wellington.
La cérémonie du jour du Souvenir aura lieu le 11 novembre, à 10 h 45, au cénotaphe situé près de l’aréna Garon. Les proches des soldats morts au combat qui voudrait inscrire un nom sur le cénotaphe de Montréal-Nord peuvent contacter Céline Pelletier par téléphone (514 328-4000, poste 4021).