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Île-Bizard: Les propriétaires de terres agricoles s'opposent au concept de Paysage humanisé

Les représentants des propriétaires de terres agricoles de l’Île-Bizard sont catégoriques: ils ne veulent pas que la zone agricole permanente du territoire soit reconnue Paysage humanisé. Pour eux, cette reconnaissance viendrait restreindre leurs droits.

Jean-François Taillefer cultive du maïs sur ses terres situées entre les golfs Elm Ridge et Royal Montréal. Propriétaire depuis près de 20 ans, pour lui, le concept de Paysage humanisé vient imposer d’autres restrictions aux droits des propriétaires. Il donne l’exemple d’une partie de sa terre qui est en friche et dont on voudrait maintenir dans l’état actuel.

«C’est beau, j’en conviens. Les chevreuils y vivent, mais ils viennent manger nos récoltes. Ça veut dire que pour la partie qui est en friche, je vais être obligé de laisser ça comme ça, dénonce-t-il. Mes murets de pierre aussi sont devenus des éléments du patrimoine, mais j’ai commencé à les enlever, car ça m’empêche de cultiver. On voudrait m’imposer de les conserver. Je ne les veux pas, c’est chez moi et je cultive», clame-t-il.

L’homme d’affaires qui opère également un vignoble à Laval et un verger à Saint-Joseph-du-Lac a l’impression que la municipalité veut devenir propriétaire chez lui. «On veut me dicter ce que je devrais faire pour les 20 prochaines années. Qu’on laisse l’agriculture aux agriculteurs. On ne viendra pas restreindre mes droits de propriétaires!»

Selon Jean-François Taillefer, une grande part des propriétaires terriens de l’Île-Bizard ont hérité des terres agricoles de leurs parents et seraient plutôt en faveur d’un projet de dézonage pour pouvoir les vendre. «Il n’y a pas d’avenir pour la culture maraîchère à l’Île-Bizard», souligne-t-il.

Un territoire déjà reconnu

Claude Théorêt est un producteur agricole actif depuis plus de 40 ans à l’Île-Bizard. Pour lui, la zone agricole permanente n’a pas besoin d’être reconnue comme Paysage humanisé pour être préservée. «S’il y a une zone agricole enviable sur l’Île-Bizard c’est à cause de gens comme moi et mes confrères qui faisons partie de l’Union des producteurs agricoles (UPA). La Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles c’est ce qui protège les terres actuellement. On n’a pas besoin d’une reconnaissance de plus.»

M. Théoret est également contre l’aspect développement d’activités récréotouristiques près des terres pour faire connaître le patrimoine et les paysages.

«C’est une zone de travail, exprime-t-il. On ne va pas commencer à partager notre espace avec des gens qui veulent venir regarder des oiseaux. Je veux maintenir mes terres agricoles. J’y suis depuis 40 ans. Je ne veux pas les partager avec personne sauf d’autres producteurs. C’est ce que je vais défendre de tout cœur.»

M. Théorêt se défend d’être le seul vrai producteur dans la région de Montréal. Il produit des fèves vendues dans tous les IGA de la province.

Dézonage souhaitable?

Également propriétaire d’une terre agricole, Marcel Boileau ne comprend pas que l’administration municipale réactive le dossier alors que les propriétaires de terres agricoles avaient tous signé une pétition il y a deux ans pour s’opposer à la reconnaissance de la partie ouest de l’Île-Bizard comme Paysage humanisé.

«On a le droit chez nous de ne pas vouloir avoir cette reconnaissance, exprime M. Boileau. Ceux qui décident ça n’ont pas de terres. Ça fait déjà une trentaine d’années qu’on est zoné agricole, on ne peut rien faire. Si ça n’était pas de ça, il y aurait peut-être 60 maisons sur ma terre, ajoute-t-il. Du point de vue de l’agriculture, ces terres ne valent rien, car personne ne veut les acheter et venir les cultiver. Penser faire de l’agriculture à Montréal, c’est ne pas connaître l’agriculture.»

Citoyen engagé dans différentes sphères de la communauté, M. Théoret a été membre du Comité consultatif d’urbanisme jusqu’en janvier dernier. Son mandat a été révoqué par le conseil de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève. Il a une vision opposée à celle du maire dans le développement du territoire.

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