Femmes et lettres
Longtemps, trop peu de femmes ont eu accès à l’édition. De grandes écrivaines se sont cachées sous des pseudonymes masculins, Georges Sand (ou Amantine Aurore Lucile Dupin, son vrai nom) étant sans doute la plus célèbre. Certaines auteures québécoises du début siècle dernier ont fait de même, la journaliste et dramaturge Éva Circé-Côté a emprunté le nom de son grand-père, entre autres, pour publier ses idées dans des journaux de l’époque.
Restait pour elles le journal intime et l’envoi de lettres, souvent écrites à d’autres femmes. Des correspondances sont devenues célèbres, celle de la Marquise de Sévigné à sa fille, d’abord éditée de façon anonyme au 18e siècle. Plus près de nous, la grande Pauline Julien a écrit à sa sœur lors de son voyage au Burkina-Faso en 1993, certains extraits sont parus dans la revue Châtelaine. Lanctôt éditeur en fera trois tirages par la suite. Certaines autres correspondances sont gardées comme un héritage de famille, à preuve celle de Denise Gingras, une résidante d’Ottawa dont les lettres envoyées de l’Angleterre des années 1950 sont conservées précieusement par sa fille. La plupart du temps, les lettres des femmes sont restées un secret partagé entre celle qui écrit et celle qui lit.
Aujourd’hui, les vieilles lettres et journaux intimes de ces femmes ouvrent un pan négligé de notre histoire. «Ce sont les hommes qui écrivent les livres d’histoire. Michelle Perrot avait écrit un livre qui s’écrit comme cela; pas d’histoire pour les femmes. (N.D.L.R. Le titre: Les femmes ou les silences de l’histoire) Elles meurent, et on les oublie. Il n’y a pas de nom de rues pour les femmes», rappelait l’auteure féministe Benoîte Groult, en entrevue en 2010.
Ici et maintenant
La Journée internationale de la femme est célébrée depuis plus de 100 ans, maintenant. On y souligne maintenant le chemin parcouru, avec raison. «Je suis née dans les années 1920 avec zéro droits dans mon berceau», expliquait encore Benoîte Groult, en 2010.
Voilà, nous sommes en 2012, et les mois passés n’ont pas été rose pour le droit des femmes, même ici au Canada. Le procès de la famille des filles Shafia, ces Canadiennes d’origine afghane mortes d’avoir voulu s’émanciper. Le sort des centaines de femmes autochtones disparues dans l’indifférence presque générale des médias, et parfois des policiers. Le député conservateur Stephen Woodworth, qui souhaite relancer le débat sur l’avortement et qui a déposé une motion aux Communes en ce sens. Encore aujourd’hui, la majorité des Québécoises travaillent dans les mêmes dix domaines traditionnellement féminins.
Pour notre cahier Femmes d’ici, des femmes de tête prennent la plume, pour parler de la condition féminine aujourd’hui. Elles sont des défricheuses, comme la politicienne Marlene Jennings, la première québécoise noire élue au Parlement canadien en 1997. Elles sont des battantes, comme Claudine Campeau du Fonds d’aide de l’Ouest-de-l’Île, ou Kim Cairnduff, du Refuge des femmes de l’Ouest-de-l’Île. Parmi elles, l’enseignante Sylvie Poulain-Gingras, la députée Lysane Blanchette-Lamothe et Nathalie Choo-Foo, de Partage-Action. Merci à elles d’être ces modèles inspirants dans notre communauté.
Vous pourrez lire leurs mots dans l’édition papier du Cités Nouvelles de demain.