Visiteurs nocturnes
J’avais oublié que l’hiver est blanc et lumineux, même en soirée. Qu’à la tombée de la nuit, c’est le calme parfait pour observer les animaux de près. Que contempler le pelage argenté des loups gris sous les étoiles est une véritable thérapie contre la déprime hivernale. Sans compter tout le plaisir de s’emmitoufler et de faire partie d’un groupe de visiteurs déguisés en créatures des neiges qui déambulent dans le froid glacial. L’occasion de changer d’air en organisant un samedi qui sort de l’ordinaire. Et la température idéale pour mettre à l’épreuve son équipement d’hiver!
La double vie menacée de Sumo le crapaud
La présentation débute à l’intérieur, dans une petite pièce disposant de quelques chaises pour recevoir les participants inscrits. Une dizaine de courageux bien comptés, qui n’ont pas hésité à troquer le cinéma du samedi pour profiter d’un accès exclusif au site de l’Ecomuseum en formule V.I.P.
La zoologiste Hélène Caron entreprend le programme avec la famille des amphibiens. «Le mot amphibien signifie qu’ils vivent une double vie. Ça ne veut pas dire qu’ils ont deux chums ou deux blondes, mais qu’ils sont tous nés dans l’eau pour la plupart, et qu’ils y passent la première partie de leur vie, avant de pouvoir aller à l’extérieur dans la deuxième partie», explique-t-elle d’emblée. «Les amphibiens sont les premiers animaux à souffrir de la pollution, car ils n’ont pas le choix de rester dans l’eau et parce qu’ils boivent par leur peau. Ils absorbent donc les produits chimiques, ce qui peut entraîner des mutations, des malformations ou des déformations», adjoint-elle.
C’est justement le cas de la salamandre maculée à points jaunes qu’elle s’empresse de sortir de sa boîte. «Parce qu’elle est née dans un marais pollué, sa patte droite avant présente deux mains et celle de gauche une main. Elle a donc une main d’extra, ce qui fait qu’elle est unique!», lance la zoologiste. Une oratrice dynamique qui ponctue son exposé d’une multitude de détails intéressants et vivants. Sans parler de cette petite touche magique qu’elle a naturellement avec les animaux. C’est d’ailleurs drôlement étonnant de les voir répondre à ses demandes! Comme Sumo, le crapaud d’Amérique, qui a bien voulu nous exécuter quelques sauts… «Un tiers à la moitié des amphibiens de la terre sont menacés et on ferait face actuellement à la plus grande période d’extinction depuis les dinosaures», rappelle enfin Hélène, avant d’enchaîner avec les reptiles.
Saviez-vous toutes les couleuvres sont des serpents qui ont été classifiés dans la famille des colubridés? Tous les serpents ne sont pas des couleuvres par contre, qu’on se le dise! Emballée dans sa taie d’oreiller, Bianca la couleuvre obscure fait son apparition. «Ce n’est pas pour qu’elle fasse de beaux rêves», plaisante l’animatrice. «C’est parce que les serpents aiment avoir l’impression d’être serrés, comme lorsqu’ils sont entre les roches». La couleuvre obscure est le plus grand serpent qu’on retrouve au Canada. Elle est généralement noire, avec les yeux et la langue noirs. Bianca, elle, est albinos. Il lui manque toute la pigmentation foncée, ce qui explique sa couleur beige. «Bianca n’aurait pas pu vivre longtemps dans un environnement naturel, parce qu’elle n’a pas de camouflage pour la protéger des prédateurs», observe Hélène.
«Tous les animaux qui sont ici au Zoo Ecomuseum se retrouvent dans la vallée du Saint-Laurent et sont soit blessés, trouvés orphelins ou nés en captivité. Dans les trois cas, on ne peut pas les relâcher dans la nature, car ils ne survivraient pas. Ils n’ont pas eu l’enseignement de leurs parents pour savoir quoi faire, comment chasser, trouver la nourriture et de quels animaux avoir peur», précise-t-elle. Après la tortue des bois qui, on l’apprend, détient le record de vitesse québécois avec son 0,4 km ̸ h, Hercule la tortue serpentine est la prochaine vedette en lice. «Hercule a 16 ans et il pèse 35 livres. C’est un ambassadeur ici», indique la zoologiste, en le déposant sur le plancher. La tortue se promène aisément à travers la pièce et son incroyable agilité au sol mérite d’être soulignée. Puis, c’est au tour de Teriyaki la martre d’Amérique et de Jweep le grand-duc d’Amérique d’entrer en scène. Un oiseau de proie majestueux et impressionnant à regarder. Visiblement habitué d’être manipulé, Jweep a d’ailleurs répondu à notre demande et accepté de déployer ses belles grandes ailes.
Dans l’intimité de la noirceur
Après une visite des installations intérieures de l’Ecomuseum et ses nombreuses espèces animales diurnes et nocturnes, une savoureuse collation est servie pour faire le plein d’énergie. Puis, Hélène invite le groupe à se transporter à l’extérieur, où il sera possible d’observer les plus gros animaux.
La motivation est à son comble et tous sont impatients de partir en expédition de soir à travers le magnifique parc de 11 hectares. L’aigle royal, la buse à queue rousse et la buse pattue, un oiseau plus rare, de même que les dindons sauvages et le harfang des neiges à une seule aile nous sont tour à tour présentés. Du porc-épic, un des chouchous de la zoologiste, au renard roux, en passant par le lynx, le raton laveur et la loutre endormie, on a le privilège de se balader en petit groupe sur les sentiers enneigés.
Le contact avec les bêtes est différent et, à certains instants, on a vraiment le sentiment de partager leur intimité. Ce sont eux les maîtres de la nuit et ils veulent bien nous accueillir en tant qu’intrus un moment. Une promenade extérieure qui se sera déroulée sur près d’une heure et demie. Éclairé par les lampes de poche d’Hélène et de son assistante, on a finalement complété le tour complet du site. Un parcours au fil duquel la marche aura été notre meilleure alliée contre les moins vingt degrés. Bouger pour se réchauffer et s’émerveiller devant la grosse tête du lynx et la fourrure des loups gris aux reflets argentés. Une rencontre mémorable avec deux loups au long poil d’hiver qui nous ont tranquillement laissé les admirer. Collés l’un sur l’autre, solidaires et les yeux étincelants sous la lune d’hiver. Mon moment préféré. Comme quoi non seulement il y a de la vie au Zoo Ecomuseum la nuit, mais elle est d’une beauté inouïe!
Le Zoo Ecomuseum est situé au 21 125, chemin Sainte-Marie à Sainte-Anne-de-Bellevue. Information: 514 457-0769, www.ecomuseum.ca ou info@ecomuseum.ca.