Le violon téméraire de Vanessa Husaruk
Son coup d’archet – franc et sans compromis – la caractérise. Lors de son concert cet automne, elle a présenté trois œuvres dont la complexité exponentielle d’une pièce à l’autre, démontrait sa témérité musicale.
L’acoustique de la salle Tanna Schulich à McGill ne fait pas de cadeau aux amateurs, et nécessite un certain courage pour s’y donner en spectacle. Mais elle permet aux artistes de tailler leurs diamants… et d’en faire des bijoux.
Vanessa Husaruk avait choisi d’y jouer la Cinquième sonate de Beethoven, la Sonate pour violon et piano de Ravel, et la Sonate No 2 de Prokoviev. « Pour la pureté et le lyrisme de Beethoven, la fantaisie avec Ravel et le panache avec Prokoviev », explique l’artiste, avec, au piano, Michael Finlay, « fidèle au poste », sourit-elle.
Dire que le Beethoven qu’elle nous a servi en entrée était une mise en bouche, un échauffement, serait réducteur. On parlera plus une manière d’accompagner le public dans son univers interprétatif. Car Vanessa Husaruk interprète (jouer) une œuvre, mais elle l’interprète (traduire) aussi.
On pourrait lui reprocher une certaine froideur dans le style. Il faut y voir une concentration extrême, un cheminement rigoriste dans l’interprétation, où cette artiste s’oublie pour n’être plus qu’un instrument de la musique. Ce n’est plus elle qu’on écoute, c’est l’œuvre dans le meilleur des écrins. Dans ce sens, son Beethoven ne manquait pas d’écueils qu’elle a fort bien transformés.
Après l’attaque bien menée de l’allegro, Vanessa Husaruk a su fait sonner le souffle de la corde dans l’adagio molto espressivo. Suivi d’un allegro molto sensible parce que moins académique et un final (allegro ma non troppo) qui jouait sur le contraste du piano.
Vanessa Husaruk a présenté un concert remarquable en mettant plus de personnalité et d’affectation, notamment dans les graves de la sonate pour violon et piano de Maurice Ravel, dont le blues obnubilatoire, hypnotique, du second mouvement. L’image d’une conversation entre les deux instruments prenait tout son sens.
Elle a marqué, ciselé même, les dissonances intéressantes du Prokoviev, les hauts et les bas, les atermoiements de l’âme du moderato; la densité et tension du scherzo. Vanessa est vraiment à l’aise avec Prokoviev et les compositeurs russes en général, à l’écoute de l’andante et de l’allegro con brio de la fin de l’œuvre.
À propos des artistes
Originaire du Texas le pianiste Michael Finlay débute ses études musicales à l’âge de sept ans. Inscrit au doctorat de l’Université de Montréal sous la direction de Marc Durand, il se produit régulièrement comme soliste, chambriste et pianiste accompagnateur.
Vanessa Husaruk est diplômée du conservatoire de musique de Montréal. Elle fut soliste avec plusieurs orchestres institutionnels de Montréal (OSM, Grands ballets, Société philharmonique, Conservatoire, etc.).