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La démocratie en otage

Une conseillère municipale est rudoyée verbalement et insultée dans les rues de l’arrondissement d’Outremont. Elle est traitée de «Hitler» (sic) et conviée à quitter les lieux alors qu’elle se promène dans le domaine public un 8 mars, Journée de la Femme.

Sur les bandes vidéo (tournées par les agresseurs eux-mêmes) certains tentent de lui cracher dessus. Les policiers entraînent la conseillère dans leur auto-patrouille à la grande satisfaction de la foule.

Le symbolisme est pour le moins préoccupant : une politicienne – alors que les femmes sont sous-représentées en politique – est prise à partie par un groupe d’hommes religieux intégristes qui l’invectivent, crachent et lui demandent de quitter leur territoire. Cela s’apparente à de l’intimidation. La démocratie donne aussi l’impression d’être prise en otage quand les policiers embarquent la conseillère pour la conduire au poste de police.

Nonobstant les causes du litige ou mêmes nos allégeance politiques, le constat est inquiétant. C’est non seulement sur une personne qu’on crache, mais sur le symbole de la démocratie elle-même, soit la personne élue qui nous représente.

Qu’on invective cette personne pour qu’elle quitte un territoire signifie que ce dernier n’est plus du domaine public et apparemment appartient dorénavant à une frange extrémiste d’un groupe religieux. Il est exclu de l’application des lois et hors de l’espace démocratique. Il devient un ghetto.

L’appareil démocratique éclaboussé par ces crachats

Il est de notoriété publique que les règlements sont administrés de façon discriminatoires, ou on tente de les contourner, dans l’arrondissement Outremont. Les exigences en matière de zonage et d’urbanisme ne sont pas les mêmes selon le groupe à qui on appartient.

Cette tolérance n’est apparemment pas distribuée également et cela est préoccupant. Quant un groupe de citoyens devient plus égal qu’un autre, la situation risque d’entraîner un clivage, une perte de la cohésion sociale, ainsi que de l’animosité. Je ne crois pas que de personnaliser le litige entre un groupe et cette conseillère reflète la réalité car le malaise est plus profond.

Il est pressant que les politiciens et politiciennes dénoncent cette situation plus fermement car c’est tout l’appareil démocratique qui est éclaboussé par ces crachats.

Les responsables des organisations représentant cette communauté religieuse devraient aussi rappeler plus vigoureusement ces intégristes à l’ordre et à la civilité afin d’éviter de futurs dérapages. Dans ce cas particulier, ces tristes évènements ne pourront que nourrir les préjugés à l’égard de cette communauté religieuse.

– Qui voudra se soucier dorénavant du respect des lois et règlements s’ils ne sont pas appliqués également ?

– Qui se risquera à dénoncer une situation illégale de peur des représailles ?

– Qui voudra surtout prendre le risque de l’implication politique et subir cette forme d’intimidation ?

Le respect des lois et règlements ainsi que l’application égalitaire de ces mêmes lois et règlements sont essentiels à la vie en société. Le respect des symboles d’une démocratie est aussi primordial afin d’éviter que cette société ne sombre dans un état s’approchant de l’anarchie.

Finalement, la libre circulation d’une citoyenne dans l’espace publique, notamment une élue, constitue un droit fondamental.

Pierre Deslandes

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