Un triumvirat très efficace
« Bimensuel, L’Express d’Outremont paraissait deux fois par mois dans un format très long qui permettait plus de pub et plus de textes, mais aussi de se distinguer de la masse des tabloïds », explique René Soudre.
« J’avais fondé Le Journal d’Outremont en mars 1983 que j’ai vendu quelques années plus tard pour lancer Images d’Outremont, un trimestriel pour lequel Alain Tittley faisait des piges. Jean Lessard travaillait aux Éditions le Nordais. »
« J’ai passé ma vie dans l’édition, intervient Jean Lessard. J’ai travaillé aux Éditions Le Nordais; j’ai participé au lancement de publications comme Décor’Mag, Décoration Chez Soi, Clin d’Oeil, Sel et Poivre, etc.; j’ai même été directeur de la photographie. Tout à été vendu à la fin des années 80 au groupe Québecor. Je connaissais René Soudre. J’avais déjà une expérience de travail avec lui et on s’entendait bien. Lui aussi avait une longue expérience de l’édition. »
René Soudre poursuit : « Ensemble, nous avons fait une édition spéciale sous la forme d’un journal autour de l’élection municipale de 1991 qui a placé l’avocat Jean Pomminville à la mairie d’Outremont et dont Jérôme Unterberg était un des conseillers à l’époque. »
« J’y ai collaboré pour des textes qui traitaient des forces en présence des candidats et des enjeux de cette élection », ajoute Alain Tittley. « Ce numéro spécial fut un précurseur », reprend René Soudre. « Alain veillait à la rédaction, Jean s’occupait de l’administration et moi des relations commerciales. »
« Publié dans un grand format, on peut dire que c’était l’ancêtre de L’Express d’Outremont, précise Alain Tittley, puisqu’il a donné le ton et nous a surtout donné le goût de faire un média régulier en concurrence avec Le Journal d’Outremont dont le contenu ne répondait pas selon aux besoins du lectorat. »
Une équipe dynamique et homogène
« Nous avions le goût de démarrer un journal à Outremont avec une nouvelle vision, détaille Jean Lessard. Le mensuel qui paraissait à l’époque ne donnait pas de nouvelles »fraîches » et cela correspondait vraiment un besoin. Nous habitions tous les trois à Outremont. Avec Alain Tittley et René Soudre, nous faisions un triumvirat très efficace, avec la même vision, la même pensée commune et la même implication dans la communauté. Le succès fut immédiat. »
« L’Express d’Outremont a participé à la fondation de la Chambre de commerce d’Outremont, du Club Optimiste, etc., poursuit Jean. Nous avions des liens forts avec les divers comités, ce qui, de plus, nous permettait d’alimenter beaucoup la nouvelle locale. Nous formions une équipe dynamique et homogène. On n’exigeait pas d’habiter à Outremont, mais de s’y impliquer… »
« Grâce à ses contacts, Jean nous a permis d’imprimer dès le début chez Transcontinental, raconte Alain. Nous étions d’ailleurs le premier journal à faire sa mise en page sur support numérique et à intégrer ce virage informatique. Toutes les données de publication étaient sur des méga-diskettes que nous remettions à l’imprimerie Transcontinental qui fut l’une des premières à s’adapter à ce format. L’imprimerie Transcontinental était ainsi à même de développer son expertise en support numérique qui depuis est devenu la norme. »
Victime des fusions ?
« Un Express d’Outremont coûtait cher à produire à l’époque, et ne rapportait pas beaucoup. Mais nous y avions beaucoup de chroniqueurs en vins, littérature, arts, cinéma, vie communautaire, affaires municipales. Nous avions même un chroniqueur référé par la communauté hassidim, se souvient Alain Tittley. Sa chronique s’intitulait »Shabbat shalom et Bon dimanche »dans laquelle il démystifiait les pratiques de cette communauté en expliquant la vie quotidienne, les fêtes, les rites, l’habillement, etc. »
« Notre plus gros coup, ce fut de dépasser Le Journal d’Outremont et d’en tirer des revenus adéquats, relate Jean. Ce fut un point tournant dans l’histoire de L’Express d’Outremont quand notre concurrent, Le Journal d’Outremont, a cessé ses activités. Il est vrai que notre fréquence bimensuelle était plus intéressante pour le lectorat et les commerçants. »
« De ceux qui sont là depuis les origines, on retiendra le nom de Pascal Elie, le caricaturiste, et de Michèle Leroy, représentante aux ventes, reprend Alain Tittley. Nous l’avons porté pendant huit ans avec une équipe très volontaire, et peut-être aussi un peu trop nombreuse : un rédacteur en chef, un journaliste, une réviseure, trois personnes à la publicité, et une personne à l’administration et à l’infographie »
Des propos repris par René Soudre : « Nous étions arrivés à une certaine saturation et puis le projet des fusions municipales avec le rassemblement des budgets à une ville centre nous a amené à réfléchir sur l’avenir du journal. »
« À l’époque, nous étions un journal indépendant, vivant de ses propres revenus publicitaires, analyse Jean Lessard. Or, la fusion des municipalités sous la gouverne de Montréal mettait en péril beaucoup d’éléments locaux et autant financiers que psychologiques. D’une manière plus subtile, l’importance du sentiment d’appartenance à une ville, Outremont, risquait de se diluer dans une métropole, Montréal. Travaux publics, collecte des résidus, services aux citoyens, etc., risquaient de disparaître au sein d’une administration plus importante et ce, malgré les défusions quelques années plus tard.
« L’offre d’achat est venue de Mont-Royal quand la propriétaire du Journal de Ville Mont-Royal a fait des démarches auprès de Marc Hébert et Transcontinental, se souvient René. Transcontinental y a vu son intérêt et nous a fait une proposition. »
« Nous y sommes plus ou moins restés le temps de faire la transition, ajoutent Alain Tittley et Jean Lessard.
Épilogue(s)
« Avec un cours de communication visuelle, René Soudre est toujours dans l’édition « depuis 30 ans, et où je suis aussi vendeur par obligation », sourit-il, puisqu’il publie L’Annuaire d’Outremont et le guide Quartiers gourmands ainsi que Le Journal d’Outremont sur le web et dont il a récupéré le nom.
Alain Tittley a été en charge des communications de l’arrondissement d’Outremont avant de se lancer en politique lors de la dernière élection municipale puis de devenir un temps porte-parole de la chef de l’opposition, Louise Harel, à la mairie de Montréal. Lui aussi est resté dans l’édition puisqu’il s’occupe des Ateliers de l’Image, qui publie des livres d’art promotionnels pour les régions.
Enfin, Jean Lessard est toujours dans l’édition également puisqu’il édite « des guides touristiques assez spécialisés et thématiques qui se vendent très bien en France et en Belgique » tout en contribuant également à d’autres publications.
Et après ? C’est une longue histoire… qui s’écrit chaque semaine dans L’Express d’Outremont et L’Express de Mont-Royal.