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Succès et jumelage sont au rendez-vous

Joanny-Furtin Michel - TC Media
Dans l’attente d’un bilan artistique et public détaillé, l’Express d’Outremont a rencontré Anne-Françoise Cabanis, la directrice générale du festival de marionnettes de Charleville-Mézières en France.

Ce festival de plus de 50 ans, reconnu mondialement, s’engage avec enthousiasme dans une convention de jumelage avec celui d’Outremont qui n’a pourtant que sept ans. Une preuve encore de l’incroyable travail de Louis Lapointe.

Anne-Françoise Cabanis est la directrice du Festival mondial des théâtres de marionnettes, qu’on appelle plus communément le Festival de Charleville-Mézières, capitale des Ardennes.

« Charleville est une ville de 45 000 habitants qui, pendant le festival, est complètement dédiée à la marionnette. Chaque coin de rue, chaque placette, chaque salle, officielle ou non, pavoise sur ce thème. Environ 500 bénévoles s’investissent pendant une dizaine de jours pour la réussite de  »leur » festival qui accueille pas moins de 150 000 spectateurs répartis sur une moyenne de 125 spectacles en 600 représentations. Comme il en faut pour tous, c’est un festival très éclectique. Et nous avons même un festival  »Off ». »

Créé en 1961, il a eu lieu de façon irrégulière en 1964, 1967 pour devenir triennal entre 1972 et 2009. Cette année-là, le conseil d’administration a décidé qu’il aurait lieu au rythme d’une biennale. La dernière édition a eu lieu du 16 au 25 septembre 2011 et la prochaine aura lieu du 20 au 29 septembre 2013. « N’oublions pas la dimension économique, insiste Anne-Françoise Cabanis. Le festival affiche des retombées économiques de 3,5 millions d’euros, soit 1€ investi pour 2€ de retombées. »

Un carrefour créatif et professionnel mondial

La marionnette est un domaine qu’Anne Françoise Cabanis connaît bien puisqu’elle était en charge auparavant du festival Les Giboulées de la Marionnette à Strasbourg, en Alsace. Directrice à la fois générale et artistique, ce petit  »bout de femme », discrète et posée, a été nommée à Charleville en 2008, en remplacement du fondateur du festival Jacques Félix décédé en janvier 2006.

« Il a eu une idée de génie en fondant ce festival car Charleville-Mézières, ville d’anciennes fonderies, n’avait pas de tradition de marionnettes comparées à une ville comme Lyon et son fameux Guignol. Lui-même la pratiquait en amateur en ayant fondé une petite compagnie appelée Les Petits Comédiens de chiffon. » Cette structure assume aujourd’hui la production du festival.

Et ce n’est pas une mince affaire. En effet, la réputation du festival de Charleville-Mézières, dédié exclusivement à la marionnette, est telle qu’on le compare souvent au Festival de Cannes pour le cinéma, ou au Festival d’Avignon pour le théâtre. UNIMA (Union Internationale de la Marionnette), la plus ancienne association de théâtres de marionnettes du monde fondée à Prague en 1929, a même déplacé son siège social à Charleville-Mézières lors de son congrès en 1981.

« Le travail de Jacques Félix fut énorme, poursuit Anne-Françoise, parce qu’il a su à la fois donner un socle, un espace à la marionnette dans la ville de Charleville, mais également y faire venir des gens qui travaillaient sur la recherche et la formation des marionnettistes, tout en développant en parallèle la visibilité de la marionnette et du festival. »

Un art très ancien

« Il existe de grandes traditions géoculturelles autour de la marionnette selon les techniques : la gaine, le fil, les ombres, les masques, les silhouettes. Si le théâtre d’objets semble une spécificité française, il se confronte et s’enrichit avec l’incroyable diversité de cet art en Asie ou en Afrique, par exemple. »

« Pour certains pays, leur participation au festival de Charleville-Mézières leur permet de confronter d’autres approches de la marionnette, de s’inspirer d’autres formes de théâtre d’objets et de mettre en place des partenariats. »

« Contrairement aux idées reçues, la marionnette n’était pas destinée aux enfants. On l’intégrait à des rites, à la transmission de l’histoire des peuples. Une dimension sacrée, certes, mais n’oublions pas non plus sa dimension politique caustique. De plus, la marionnette a toujours fait partie des spectacles contemporains; c’est une démarche très actuelle de l’art. Les ombres versus les images informatiques, voire la robotique, s’en inspirent… »

Pourquoi les Casteliers ?

« J’apprécie beaucoup la dimension plus modeste du festival Les Trois jours de Casteliers. Le travail de Louise est impressionnant », admire Anne Françoise Cabanis. « Partager nos savoir-faire avec Outremont nous permet d’apporter mutuellement des choses nouvelles aux marionnettistes du Québec et de France. »

« La convention de jumelage 2011/2012 mise en place entre nos deux festivals permet, entre autres, des coproductions entre des compagnies comme Les Petites Âmes au Québec et Garin-Trousseboeuf en France, ou le Théâtre de la Pire Espèce (Anatomie de l’objet, Ubu on the table) et le Bob-Théâtre (Princesse K).»

« Ou le spectacle Pomme, créé en France en septembre dernier et présenté à Outremont lors des Trois jours. Voilà l’objectif, confronter et partager les expériences de marionnettistes chevronnés avec de jeunes professionnels, les faire travailler ensemble et transmettre leur savoir-faire. »

Le  »grand retour sur scène » de la marionnette

Avec le développement du festival de Charleville, selon sa directrice, les théâtres traditionnels ont été bousculés par le renouveau de la marionnette dans l’offre et les propositions artistiques.

En France, le réseau des scènes conventionnées par le ministère de la Culture inscrit des spectacles liés à la marionnette dans leurs programmations. Les productions transversales mêlant par exemple la danse et la marionnette y trouvent leur compte et leur public.

« Les enjeux, c’est que la marionnette ait son espace sur toutes les scènes et qu’on lui reconnaisse sa place de spectacle pour adultes. », conclut Anne Françoise Cabanis.

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