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Personnes handicapées : difficile de percer le marché de l’emploi

Trouver un emploi, ce n’est pas toujours facile, encore moins pour les personnes handicapées. Emilie Desgagnés, connaît bien cette réalité. Cette éducatrice spécialisée de Pointe-aux-Trembles a été à la recherche d’emploi pendant près de 15 mois, mais toujours sans succès.

Atteinte de paralysie cérébrale, cette diplômée du cégep Marie-Victorin explique que la plupart de ses compagnons de classe ont, pour leur part, réussi à se trouver un emploi.

« J’ai envoyé environ 80 cv, raconte-t-elle. Sept personnes m’ont rappelée et seulement une m’a offert de me rencontrer en entrevue. Une fois l’entretien passée, je n’ai plus eu de nouvelles. »

La fiche descriptive du programme suivi par Mme Desgagnés indique que le taux de placement sur le marché du travail des étudiants en techniques d’éducation spécialisée est de 89 %.

« Quand j’ai su que mes amis au cégep avaient déjà un travail, je me suis sentie découragée un peu, dit-elle. J’ai continué de me battre et d’envoyer des cv dans l’espoir que quelqu’un m’embauche. J’avais hâte de commencer à travailler. »

Samira Fezzani, conseillère à l’emploi de l’organisme MEMO-Qc, est témoin de tous les efforts et du temps que Mme Desgagnés a consacrés à se trouver un emploi.

« Elle a cogné à toutes les portes, indique Mme Fezzani. Elle a tout fait pour convaincre des employeurs potentiels qu’elle était une bonne candidate, mais elle n’a pas eu beaucoup de réponses. »

La conseillère à l’emploi indique que même s’il est difficile de confirmer qu’il s’agit d’un cas de discrimination, elle constate que plusieurs employeurs sont réticents à embaucher des gens avec des limitations.

« Lorsqu’on amorce des démarches pour aider une personne handicapée à se trouver un emploi, il y a des employeurs qui ne veulent tout simplement rien savoir, signale Mme Fezzani. S’ils ont le choix d’embaucher quelqu’un d’autre, ils le font. »

Malgré sa détermination, Mme Desgagnés a graduellement perdu espoir.

« Au fur et à mesure que le temps passait, je commençais à déprimer. Je ne comprenais pas pourquoi les employeurs me tournaient le dos. Je pense que mon handicap a joué un gros rôle dans la prise de décision des gens responsables de l’embauche. C’est du moins comme ça que je me sentais. »

Création de sa propre entreprise

Voyant toutes ses attentes disparaître, Mme Desgagnés a décidé de prendre les choses en main en créant sa propre entreprise.

« Mon conjoint m’a proposé d’ouvrir ma propre garderie. Nous avons entrepris les démarches au mois de janvier. Nous avons procédé aux modifications demandées dans mon logement et je suis maintenant prête à garder des enfants chez nous. »

La garderie est dédiée aux enfants de 1 à 5 ans qui présentent un handicap physique, ou intellectuel. Elle dispose même d’un débarcadère pour personnes à mobilité réduite.

Elle peut accueillir un maximum de trois enfants par jour, et au besoin, la garderie peut se transformer en centre de répit pour la nuit.

« Je suis tout à fait qualifiée pour prendre soin de ces enfants, explique-t-elle. J’ai non seulement fait des études, mais je suis bien placée pour comprendre leur handicap et les pousser à se développer pleinement. »

Mais encore là, les inscriptions tardent.

Mme Desgagnés, explique qu’il y a beaucoup de préjugés autour de sa maladie.

« Un handicap comme le mien fait peur. Quand je vais à l’épicerie avec ma mère ou avec mon conjoint, c’est tout le temps à eux qu’on parle. La caissière ne prend même pas le temps de me regarder, alors que je suis une personne tout à fait normale, qui fonctionne très bien, dit-elle. Ça peut détruire l’estime de n’importe qui, mais maintenant j’en ris, car je sais que c’est de l’ignorance, et non pas de la méchanceté. »

Elle souhaite que de la sensibilisation soit faite auprès des gens, mais surtout auprès des employeurs pour qu’ils n’aient pas peur des handicaps.

« Je veux travailler, je veux gagner ma vie comme tout le monde, alors j’espère qu’on me donnera la chance de le faire», conclut Mme Desgagnés.

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