Le mystère de Saint-Octave
Lors de cette séance, on a appris que l’archevêché avait prévu détruire l’église, si la Ville ne l’avait pas acheté à un prix qu’il considérait raisonnable. « Dans le fond, ce que la Ville a fait jusqu’à maintenant, c’est rallonger la vie de l’église », a expliqué l’ex-marguillière, Diane Blais.
La genèse
En 2008, alors que la Fabrique Saint-Octave était en grande difficulté financière, le maire Yvon Labrosse a pris l’initiative, avec les marguilliers, d’aller rencontrer les gens de l’archevêché pour offrir d’acheter l’église au prix symbolique de 1 $.
« Quand on a vendu l’église à la Ville, il ne faut pas se le cacher, elle aurait été démolie. C’est sûr et certain, affirme Mme Blais. Lorsque [l’ancien maire Yvon] Labrosse a offert d’acheter l’église à 1 $, quand on est sorti de la réunion, M. Desrosier [de l’archevêché] a carrément dit “on ne la laissera pas aller à ce prix-là. On va la démolir!” C’est sûr et certain que si elle n’avait pas été vendue, il ne serait plus là. »
En mai 2009, un rapport d’inspection a été commandé par la Ville pour connaître l’état de l’église. Le mandat tenait alors compte d’un réaménagement de l’église, soit des réparations urgentes, à moyen et à long terme. « C’est certain que la Ville projetait d’acheter l’église, mais elle projetait aussi de l’aménager [et non de la détruire] », croit le président de la commission, Maurice H. Vanier.
Selon les informations exposées lors de la rencontre, l’analyse dévoilerait que le bâtiment était déclaré conforme au code existant, à quelques exceptions près, notamment, un manque de salles de bain. De plus, l’étude révélait qu’il manque d’encrage de maçonnerie et qu’il y a de la rouille dans les colonnes d’acier extérieur. « La conclusion du rapport est que “de façon générale, il s’agit d’un bâtiment de bonne qualité architecturale avec une structure saine, cependant ce bâtiment vieillit et doit maintenant être rénové” », expose M. Vanier.
Le rapport chiffre l’ensemble des rénovations à effectuer à environ 1 070 750 $, ce qui n’inclut pas certains frais, dont les taxes et des honoraires. « Quand on regarde la valeur de l’église et les rénovations qui doivent être faites, ça donne l’idée que, cette église-là on ne peut pas évoquer une disparition parce qu’il n’y a plus rien à faire avec. Nous ne sommes pas de ce contexte-là », fait valoir M. Vanier.
Mme Blais précise : « il y a beaucoup d’infiltration d’eau dans l’église [et] il y a de l’amiante. Les confessionnaux sont en amiante et il y en a dans la chaufferie. Il faut qu’on soit au courant des deux côtés. »
De son côté, l’archevêché évaluait l’église à 1 135 000 $, soit 615 000 $ pour les terrains et 520 000 $ pour le bâtiment.
La vente selon Maurice
En janvier 2011, la nouvelle administration du maire Robert Coutu a conclu la vente pour 500 000 $. La Ville acquérait ainsi l’église, l’orgue et les bancs.
« Les vitraux font partie de la vente puisqu’ils sont avenants à l’église. Le crucifix et les luminaires ne font pas partie de la vente. Le clocher, je ne le sais pas », admet M. Vanier, faisant remarquer qu’aucune recherche n’avait été faite pour évaluer la valeur des autres éléments lors de la vente.
M. Vanier prévient donc que lors « de la transformation ou de la démolition » de l’église, les citoyens auront tout intérêt à être vigilants pour ne pas que les objets de valeurs soient dispersés. De son côté, le conseiller et ex-marguillier Mario Bordeleau n’y croit pas vraiment. « Quand ils fermeront la paroisse, tous les biens religieux retourneront à l’archevêché. Même le chemin de croix », annonce-t-il.
M. Vanier a toutefois précisé que la fabrique pourrait avoir un premier droit de regard sur l’achat des objets.
En conclusion, et à la lumière de sa correspondance avec le maire et de divers documents qu’il a consultés, le président de la Commission estime que « rien de garanti fermement du maintien par la Ville d’un lieu de culte catholique et des services religieux connexes […] On ne peut pas dire que les gens du RCME ont répandu des rumeurs pour mettre la panique dans la Ville : [ces rumeurs] sont fondées. »
