Une embauche que certains élus questionnent
Rappelons que, devant la commission, Michel Lalonde de la firme Génius (anciennement Séguin) a révélé que cette firme aurait versé 10 000 $, entre 2001 et 2005, à l’ancien maire Labrosse. L’argent aurait été versé comptant par Gilles Thibodeau et M. Lalonde alors que les deux hommes étaient associés.
« J’admets qu’il m’a donné quelque chose, mais j’ai payé ma campagne et celle de mon équipe avec mon argent. Ça ne coûte presque rien, une élection à Montréal-Est. C’est surtout du porte-à-porte et ça, ça ne coûte rien », a expliqué M. Labrosse.
Sans affirmer qu’il y a un lien entre l’embauche de Jean-Nicolas Thibodeau et les relations qu’entretenaient son père et M. Labrosse, le conseiller Alain Dion se questionne. Même son de cloche du côté de la conseillère Monique Major. « Il aurait peut-être fallu connaître ces liens avant de voter, on aurait posé plus de questions », croit-elle.
Pour le maire actuel, Robert Coutu, il s’agit clairement d’une nomination politique.
L’embauche d’un directeur
Le 18 avril 2006, lors du conseil municipal, Jean-Nicolas Thibodeau est nommé directeur des services techniques de la Ville. Recommandée par un comité de sélection, sa nomination est appuyée par le conseiller Alain Dion et adoptée à l’unanimité.
« Il y a eu un concours […] Je ne sais pas s’il y avait d’autres candidats, mais c’était clair que c’est lui qu’il fallait nommer », se souvient M. Dion qui assure n’avoir jamais pris connaissance des autres candidatures. Selon la Ville, 15 personnes avaient postulé pour le poste, dont trois avaient été convoquées en entrevue.
« Peu importe si M. Thibodeau était le troisième ou le cinquième, une chose est sûre, c’était une nomination politique », assure M. Coutu qui raconte qu’au moment où « la Ville a défusionné, M. Labrosse avait dit qu’il voulait M. Thibodeau. » Cette décision avait été votée cinq mois seulement après l’élection et plusieurs conseillers en étaient à leur première expérience. « Nous étions encore green, nous venions juste d’être élus », admet M. Dion qui ne voyait pas d’objection à cette nomination. « Ce n’est que des années plus tard que j’ai su que Jean-Nicolas était le fils de Gilles Thibodeau, l’associé de M. Lalonde. »
Quelques mois plus tard, lors de la séance du conseil du mois d’octobre de la même année, M. Thibodeau obtient une promotion. Il garde son poste de directeur des services techniques et devient également directeur général adjoint, un poste aussi occupé par la trésorière, Carole Michelin. Le salaire de l’ingénieur passe alors de 80 000 $ à 87 200 $. Cette résolution, proposée par la conseillère Sylvie Dauphinais et appuyée par M. Dion, est adoptée par tous les élus, à l’exception du conseiller Coutu.
M. Thibodeau confirme avoir passé par un processus d’embauche. « Est-ce qu’il était le meilleur candidat à ce moment-là? Est-ce qu’il avait l’expérience? » s’interroge M. Dion. Une question qui n’inquiète pas M. Thibodeau. « J’avais quelques années d’expérience. J’étais technicien en génie et ingénieur. J’espère avoir été nommé pour mes compétences! »
Ce n’est qu’en novembre 2011 que l’administration Coutu procède à la restructuration de la Ville et que les postes de directeur des services techniques et directeur général adjoint sont abolis. M. Thibodeau se fait alors offrir le poste d’ingénieur au salaire annuel de 80 000 $, qu’il décline.