Les jeunes leaders virent au bleu
« Est-ce qu’on peut tirer? », s’exclame l’un des jeunes leaders à son arrivée dans le pavillon où les aspirants policiers s’entraînent au tir. Arrivés en milieu de matinée dans cette bourgade à proximité de Trois-Rivières, les « plus vieux » de l’école secondaire Jean-Grou—ils sont en quatrième et cinquième secondaire—ne perdent rien pour attendre pour poser toute sorte de questions aux formateurs et aux policiers qui les accompagnent.
« La profession de policier, pour eux, est une profession qui suscite plusieurs interrogations et questionnements, relate Pierreson Vaval, directeur général d’Équipe RDP et l’un des accompagnateurs du groupe. Il y a des mythes qui existent, des croyances, des préjugés. »
Le but de cette sortie pourrait donc avoir une double portée : comprendre le métier de policier et le démystifier. Les jeunes leaders, rappelons-le, ont pour tâche d’effectuer des patrouilles de sensibilisation auprès de leurs camarades de classes et des plus jeunes afin de prévenir les conflits qui pourraient surgir à la sortie de l’école.
« Cette année, on a intégré la visite, affirme M. Vaval, qui est l’un des artisans derrière la mise sur pied des jeunes leaders. Ça fait partie du processus de formation et de sensibilisation qu’on a pour les jeunes du programme. »
« Les policiers sont des intervenants qu’ils doivent côtoyer toute l’année, rappelle-t-il encore. Pour qu’ils soient capables de jouer leur rôle de façon satisfaisante, ça leur donne une culture générale plus spécifique. »
Des agents du poste de quartier (PDQ) 45 sont d’ailleurs responsables d’une partie de la formation des jeunes leaders en début d’année scolaire. Six d’entre eux les ont accompagnés jusqu’à Nicolet, dont le policier sociocommunautaire Normand Séguin.
C’est le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Fraternité des policiers et policières de Montréal (syndicat), grâce à leurs campagnes de financement, qui ont rendu possible le voyage vers Nicolet.
Sur place, la direction de l’École s’est chargée d’organiser, avec l’aide de policiers du PDQ 45, une visite de ses installations.
En près de quatre heures, les jeunes leaders ont assisté à des classes de formation de tir, visité la piscine, le gymnase et les dojos, de même qu’observé des simulations de violence conjugale dans deux des quatre maisons servant de laboratoire d’intervention auprès des ménages pour les futurs policiers.
La visite des chambres—par lesquelles passent 648 élèves chaque année—et de la salle d’écrou a aussi été grandement appréciée. Les jeunes leaders ont ainsi parcouru une bonne partie du campus de 21 acres (85000 m²), autour duquel se trouve le pavillon principal, qui occupe surtout les vestiges de l’ancien séminaire de Nicolet, construit en 1803.
Les leaders comblés de leur visite
Les jeunes leaders interrogés après la visite des lieux ont semblé satisfaits de leur visite.
« Pour vrai, c’est réellement très disciplinaire. Quand tu deviens policier, c’est vraiment un vrai choix, c’est pas un plan C ou un plan D », affirme Wilène Paul, 16 ans, qui ne croyait pas que les entraînements étaient aussi rigoureux.
Sa copine Ghislande Estimable abonde dans le même sens. « Ça m’a étonné, vraiment, dit la jeune fille de 17 ans. Les horaires sont vraiment chargés. Je croyais qu’ils auraient un peu plus de liberté. […] Me réveiller à 5 h ou 6 h chaque jour, jamais. »
Ces deux dernières disent toutefois être revenues de cette visite avec plus de respect pour un métier souvent méconnu des jeunes.
« Eux, ils ont appris des choses qu’on ne sait pas, donc on ne peut pas vraiment les juger », mentionne Wilène.
Les organisateurs ne cachent pas leur intérêt de voir certains jeunes opter pour cette filière d’études au cégep. Mais il faudra convaincre d’autres jeunes que Wilène et Ghislande.
« Un moment donné, j’y avais songé, laisse tomber Wilène, mais comme c’est pas si facile… »
Mais qu’à cela ne tienne, M.Vaval espère bien retourner à Nicolet l’an prochain.
« Tant qu’on va avoir les moyens, il y a peut-être quelque chose à travailler avec l’institut, dit-il, pour permettre à nos jeunes leaders de faire une visite une fois par année. »