564e lettre sur mon quartier
Cette lettre est particulière. Vous n’y trouverez pas de renseignements sur ce qui se fait dans nos écoles ou dans les organismes du quartier. Je veux traiter ce soir d’un seul enjeu: la reconstruction de l’école Saint-Gérard.
Une situation rocambolesque
Depuis que je suis commissaire, j’ai vécu de nombreuses situations impliquant des millions et des millions de dollars pour l’agrandissement ou la reconstruction d’écoles. J’étais là, au milieu des années 1990, quand il fallait absolument agrandir l’école Victor-Doré pour y faire plus de place pour les services médicaux rendus aux enfants; on cherchait avec raison à ce que les soins médicaux soient prodigués à l’école même. J’étais là quand i l a fallu reconstruire l’école Père-Marquette au lendemain de l’incendie. J’étais là enfin quand, dans les années 2000, il fallait encore agrandir non seulement Victor-Doré, mais aussi Joseph-Charbonneau. Et bien sûr je suis là dans le cas de Saint-Gérard.
Jamais ai-je vécu une situation aussi rocambolesque qu’à Saint-Gérard! Le problème qui s’est posé, celui de la moisissure et des risques chez les enfants, commandait des décisions rapides, du moins en étais-je convaincu. Des décisions justes et rapides ont été prises à la CSDM… mais l’indécision du MELS a fait si mal!
C’est rapidement que nous avons décidé de sortir les enfants de l’école. C’est rapidement que nous avons décidé d’investir les sommes nécessaires pour aménager l’espace à Georges-Vanier et offrir le service de transport et de dîner aux élèves. Nous avons aussi agi assez rapidement pour créer une cour d’école et offrir des services de sécurité. Sur tous ces enjeux et d’autres, nous n’avons pas lésiné, nous avons pris des décisions rapides qui allaient coûter cher à la CSDM, dépenses qui ont contribué à produire notre déficit. Aucun doute : certaines décisions ont été prises trop hâtivement… sans qu’on mesure toutes les conséquences… mais on ne pourra pas nous accuser de ne pas avoir agi rapidement.
L’indécision du MELS
Les décisions que nous prenions étaient rapides et responsables. Il fallait assurer des services appropriés aux enfants et nous étions convaincus, vraiment convaincus que le ministère de l’Éducation allait reconstruire l’école, comme il finance la construction d’écoles ailleurs.
Nous étions surtout convaincus que le MELS prendrait une décision assez rapidement. Si l’école Saint-Gérard avait été située dans un quartier peu peuplé d’enfants, j’aurais certes compris les tergiversations gouvernementales. Mais Saint-Gérard est dans Villeray et le service démographique du MELS lui-même nous avait signifié que d’ici quelques années, la population scolaire dans Villeray allait croître. Comment le MELS pouvait-il s’imaginer que le quartier pourrait se développer sans son école primaire? Ce qui aurait dû être une évidence est devenu un lieu de non-décision, autrement dit, le MELS a agi comme si le problème n’existait pas.
L’élection du nouveau gouvernement en septembre n’a pas accéléré le processus de prise de décision. On a même eu droit à une nouvelle argumentation : la CSDM aurait reçu 59M$ pour ses immobilisations. Détournement de la vérité! Les sommes reçues par les commissions scolaires pour les immobilisations sont pour la réfection des toits, la maçonnerie, la fenestration,… certainement pas pour la construction d’écoles. C’est le ministère qui finance la construction d’écoles et qui a la police d’assurance pour les écoles. Prendre 16M$ du budget d’immobilisation de 59M$, c’était informer de très nombreuses écoles que leur toit continuerait de couler, leurs fenêtres à laisser passer l’air, etc. Très clairement, aucune commission scolaire ne reçoit de subvention pour financer la construction d’école, jamais.
Enfin, le bons sens!
Enfin, après un an de non-décision et de tergiversations, la semaine dernière, la ministre a choisi d’investir 10M$ dans la reconstruction de Saint-Gérard, imposant à la CSDM d’investir 6 M$ de son propre budget. Pis encore, elle a insisté pour écrire dans son communiqué qu’elle versait cette somme à Saint-Gérard de façon exceptionnelle… donc elle n’agira pas ainsi pour d’autres écoles aux prises avec le même problème!
Il faut être très heureux pour ce qui arrive à l’école Saint-Gérard. Tous ceux qui ont exercé des pressions sur les différents ministres et administrateurs du MELS doivent se féliciter de leur action: les parents, les administrateurs scolaires, les élus municipaux, le député provincial et les commissaires scolaires. La décision de la ministre est clairement le résultat de la multiplication de toutes ces interventions, interventions nombreuses, soutenues et variées. Cela ne devrait faire aucun doute.
Un malaise partagé
Mais il y a quelque chose de blessant dans cet épisode. Je ne suis pas le seul à ressentir un certain malaise; j’ai eu l’occasion de parler à de nombreux parents de Saint-Gérard qui ont été très actifs dans cette bataille et eux aussi partagent mon malaise. Il faut se désoler du fait que les enfants d’Hochelaga-Maisonneuve, qui, comme les enfants de Saint-Gérard, ont dû quitter leur école à cause de moisissures se soient fait dire … qu’il n’y a rien pour eux! Rien ne justifie que ces enfants ne soient pas traités comme les enfants de Saint-Gérard. Et l’insistance de la ministre à écrire que la subvention à Saint-Gérard est une exception, que les enfants d’Hochelaga ne méritent pas eux aussi un traitement exceptionnel de sa part n’est pas justifiable.
Vous aurez compris que j’ai déjà signifié ma disponibilité pour aider les parents des autres milieux. Je sais aussi – ils me l’ont dit – que des parents de Saint-Gérard communiquent déjà avec des parents d’Hochelaga et se sont dits disponibles pour les aider.
Un jour, j’en ai la conviction, on fera débloquer les fonds pour Hochelaga
En attendant : Bravo Saint-Gérard!
Voilà pour cette semaine.
Des questions? Des commentaires? Écrivez-moi.
Embrassez vos enfants pour moi.
Bonne semaine
Kenneth