Le parc du peuple
Il s’agit d’une deuxième édition pour ce rendez-vous qui se veut apolitique et pacifique. « Le citoyen est notre seule préoccupation. Cependant, il est vrai que nous engageons des conversations qui sont assez critiques face à ce qui se passe en ce moment dans la politique québécoise », explique Richard Renshaw, un des organisateurs d’Occupons Parc Molson et prêtre de la Congrégation de Sainte-Croix.
Toutefois, il ne cache pas son support au mouvement étudiant, comme celui de plusieurs participants qui arboraient un carré rouge en laine sur leurs vêtements. « Lorsque le mouvement des étudiants est né, les organisateurs d’Occupons Montréal ont tout de suite reconnu l’importance de leurs demandes. La gratuité de l’éducation est une brique fondamentale de notre société », dit M. Renshaw.
Il assure tout de même que l’événement n’a pas de public cible. « L’année dernière, nous avons eu des enfants qui sont venus. L’un d’eux a donné un formidable discours lors d’un micro-ouvert », se souvient-il.
Un programme festif et participatif
Le programme 2013 incluait des projections de documentaire, des ateliers sur la démocratie, les classes sociales, la désobéissance civile et l’écopsychologie, ainsi que des spectacles de chant et de gumboot, ainsi qu’un micro ouvert et une Assemblée Inter-APAQs (Assemblées populaires et autonomes de quartier). Cette dernière est d’ailleurs un des moments les plus propices aux échanges entre citoyens pour discuter des enjeux du quartier.
Autre spécificité de cette édition est le Gratiferia. Le terme espagnol signifie « foire gratuite » et a été traduit en français par marché gratuit. Concrètement, les passants amènent des objets dont ils n’ont plus besoin et qu’ils offrent gratuitement à qui le veut bien. Il n’y aucun échange d’argent ou de service. « Nous avons beaucoup de choses que nous n’utilisons plus, mais qui peuvent servir à d’autres. Le Gratiferia est une excellente opportunité pour faire deux pierres d’un coup », affirme M. Renshaw.
Il était également possible de se restaurer gratuitement sur le site grâce à la Cuisine du peuple. L’organisation est née avec le mouvement Occupons Montréal alors que celui-ci attirait de nombreuses personnes au square Victoria. Avec le temps, la Cuisine a été sollicitée à de plus en plus d’événements. « Les gens offrent généralement de la nourriture suite à des annonces sur les réseaux sociaux. Parfois, nous faisons également du dumpster diving », affirme l’un des cuisiniers à l’origine du projet, Rais Zaidi, en mélangeant un chili encore chaud. Le dumpster diving (traduit par « glanage urbain » ou « gratuivorisme ») est une pratique de plus en plus répandue consistant à récupérer des biens encore utilisables, principalement de la nourriture, qui ont été jetés aux ordures. M. Zaidi assure que les aliments utilisés par la Cuisine du peuple sont tous consommables.
La logistique et la participation
Un programme nécessite une logistique importante, surtout lorsque l’équipe qui s’en charge est composée de seulement cinq personnes. « Comme ce n’est pas la première fois que nous faisons cela, nous disposions déjà du matériel, mais le transporter ici n’est pas facile. On doit tout installer au début de la journée et le désinstaller à la fin », explique M. Renshaw.
L’autre défi pour les organisateurs a été d’attirer les participants. « Au début, avions beaucoup de crainte face à la participation, confie-t-il. Nous nous sommes retournés vers les médias sociaux. À parti de là, tout s’est fait tout seul. »
L’année dernière, Occupons Parc Molson aurait attiré environ deux cents citoyens du quartier. M. Renshaw espère dépasser ce chiffre, même s’il avoue que 2012 a été une année assez particulière pour ce genre de rassemblements populaires. Pour l’instant, il n’est pas encore certain qu’une nouvelle occupation est à prévoir pour 2014. « Nous devons en discuter entre nous avant », précise le prêtre.
Rémy-Paulin Twahirwa