Itinérance dans Rosemont, une réalité cachée
Devant un auditoire attentif et curieux, des intervenants en itinérance sont venus parler de ce phénomène, le mardi 5 juin dernier, lors d’un café populaire organisé par Loge-Action. « Oui, il y a des itinérants dans l’arrondissement. On les voit rarement, parce qu’ils se cachent, mais ils sont là », dit Sylvain Vollant, travailleur de rue et membre de Pact de Rue.
L’itinérance cachée est d’ailleurs ce qui caractérise ce phénomène dans l’arrondissement.
« Les gens s’imaginent des hommes sur des bancs de parc, mais ce n’est pas seulement ça. Un itinérant, c’est aussi quelqu’un qui couche chez des amis, de divan en divan, ou qui utilise des services d’hébergement. Ça peut aussi être une personne qui n’a pas l’argent pour se loger dans un deux et demi dans Rosemont, parce que c’est rendu trop cher. C’est ça l’image de l’itinérance ici », indique Andréanne Tremblay, du Carrefour communautaire Rosemont L’Entre-Gens.
Cet organisme possède d’ailleurs cinq petits appartements pour les gens qui tentent de se reprendre en mains. « Nos locataires arrivent souvent avec des dettes, un très mauvais crédit et sans réseau social. Ils peuvent provenir d’un centre jeunesse, un hôpital ou sortent d’une thérapie ou d’une dépression », mentionne-t-elle.
Alors qu’on peut s’imaginer un homme seul, couché sur un banc de parc, l’itinérance est aussi d’ordre féminin dans Rosemont – La Petite-Patrie, explique Danielle Rouleau, de la Maison Grise de Montréal, située dans l’arrondissement.
« L’itinérance, ça ne se voit pas comme ça. On voit des femmes à l’épicerie, dans les magasins, et on ne peut croire qu’il y en a là-dedans qui n’ont pas de domicile fixe, ou qui restent chez des amis. Chez nous, à la Maison Grise, on roule à pleine capacité. On a une liste d’attente de plus de 25 femmes. Tous nos appartements sont occupés. »
De nombreux facteurs peuvent expliquer cette itinérance chez les femmes. « On rencontre souvent des femmes fragiles, victimes de violence conjugale ou qui ont été abusées plus jeunes, et qui n’arrivent pas à remonter la pente. Elles passent d’une maison d’hébergement à une autre. Et quand l’on voit les frais pour un appartement, souvent, elles n’ont pas d’autre choix et retournent dans le réseau d’hébergement. On a aussi de plus en plus de femmes immigrantes, qui ont réseau social très limité.»
Une politique
En plus des problèmes de violence, de dettes et de santé mentale, Pour Marolaine Tapin, du Comité Logement Rosemont, il ne faut pas non plus sous-estimer la hausse des loyers dans la problématique d’itinérance vécue dans l’arrondissement.
« On n’a pas fait d’étude, mais on est en mesure de dire que l’on reçoit de plus en plus d’appels provenant de locataires qui ne sont plus en mesure de payer leur loyer et qui accumulent les mois de retard. Certains quittent leur logement et vont vivre, de façon temporaire disent-ils, chez des amis. Mais le temporaire fait souvent place à du long terme », souligne-t-elle.
Pour changer la situation, une politique doit être mise en place, exposent les intervenantes. Actuellement, seul un plan gouvernemental, qualifié « d’insuffisant», existe au Québec. « Quand on lit que l’implantation de menus santé dans les collèges et de « racks » à bicycles à côté des écoles fait parties des mesures énumérées par la ministre (Dominique Vien), on est en droit de se questionner et de se demander si le gouvernement est vraiment sérieux dans sa lutte à l’itinérance. Il est plus que temps d’avoir une vraie politique efficace pour contrer ce problème parce qu’au final, nous sommes tous responsables des gens qui sont dans la rue », fait valoir Marjolaine Despars, du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).