Regarder la mort dans les yeux
C’est, au départ, un documentaire sur les accompagnateurs qu’elle préparait. Mais des événements se sont enchaînés, changeant ses plans.
« J’ai entendu parler de cette histoire d’un homme qui est mort en tenant les barreaux de son lit d’hôpital et qui criait : « je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir !» Pour moi, c’est insensé de partir comme ça. Je me suis alors demandé, moi, comment je vais réagir quand ce sera mon tour. »
Pour se préparer à sa propre mort, elle a donc côtoyé, durant six ans (!), des intervenants de tous les milieux, des hôpitaux en passant par les communautés religieuses, des célébrants aux accompagnateurs, des mourants aux bien-vivants. La mort elle-même s’est invitée dans tout ce processus cinématographique.
« Durant ces années de tournage, alors que je me questionnais sur la place qu’on donne à la mort et à l’importance de se préparer, elle est venue me visiter. Mon frère est mort, de même qu’une bonne amie, elle-même accompagnatrice en fin de vie. Ça été assez difficile. Je ne pouvais pas sortir de ce sujet. Je ne peux toujours pas, d’ailleurs. Il me faudra bientôt laisser la mort de côté, puisque le film est maintenant complété, mais pour l’instant, je suis encore en plein dedans », laisse entendre Mme Daneau.
Parler facilement de la mort
C’est au Lion d’Or, ce 19 mars, qu’On ne mourra pas d’en parler a été présenté en grande première à Montréal. Dans les prochains jours, on le verra au cinéma Beaubien, notamment. Le documentaire, affirme la réalisatrice, facilite la discussion autour du sujet de la mort.
« L’effet est toujours le même sur les gens qui ont vu le film : ils veulent en parler, discuter de leurs propres préparatifs », indique la réalisatrice.
Au final, après ces six années à côtoyer la « grande faucheuse », Mme Daneau ne sait toujours pas comment elle réagira à sa propre mort. « Mais tout ce processus m’a donné le goût de vivre le moment présent au maximum. Pas dans sa futilité, mais dans son importance. Je pense que c’est ça que je retiens de mon documentaire : il faut bien vivre avant de mourir, éviter les regrets. C’est la meilleure préparation. »
– Le documentaire « On ne mourra pas d’en parler » prend l’affiche au cinéma Beaubien ce 23 mars.