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Dominique Rouleau, Laurentienne et chirurgienne d’exception

Dominique Rouleau
Dominique Rouleau veut être un «modèle positif» pour les futures générations. Photo: Métro Média - Laurent Lavoie

En 2008, la Laurentienne Dominique Rouleau a brisé un plafond de verre en devenant la première femme chirurgienne orthopédique à l’Hôpital du Sacré-Coeur, situé la frontière des arrondissements Saint-Laurent et Ahuntsic-Cartierville. Douze ans plus tard, la mère de deux enfants espère inspirer la relève féminine à percer dans le métier.

En plus de faire de la recherche et d’enseigner occasionnellement à l’université, la femme de 42 ans participe annuellement à plusieurs congrès à travers le monde, où elle donne des conférences sur son expertise.

À vos débuts, avez-vous ressenti le besoin de faire des ajustements face à vos collègues masculins?

Je n’ai pas senti que j’avais à faire ma place en tant que femme, mais en tant que nouvelle personne, comme un homme aussi aurait eu à le faire. C’est sûr qu’il y a des défis supplémentaires. Entre autres, les instruments ne sont pas faits pour de petites mains. Pour de petits trucs comme ça, il y avait de l’adaptation à avoir.

C’est sûr que j’ai eu des problèmes avec certaines personnes. Surprenamment, ce n’était pas juste avec des hommes. Les infirmières, entre autres, sont beaucoup plus habituées à recevoir des «ordres» par des hommes. Il a fallu trouver des façons de communiquer pour que tout le monde soit heureux.

Comment décririez-vous l’impact d’une femme au sein du corps médical?

Ça ajoute des débats et des choses auxquelles les hommes n’ont pas pensé. En général, ça améliore l’ambiance de travail. Dans des réunions par exemple, ça brassait pas mal. Les conflits et les débats, c’était très chaud. Et j’ai carrément dit: on ne peut pas se parler comme ça, ça n’a pas de bon sens.

[Dans l’ensemble du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal], sur les 19 chirurgiens orthopédiques, on est quatre filles, alors ce n’est plus un enjeu comme ç’a déjà été.

Quand t’es la seule fille, tu sens beaucoup de pression, parce que si tu ne rentres pas parce que t’es malade ou t’as un bébé, après, tu te dis qu’ils ne prendront plus de filles, parce que tu ne fais pas ta part. Tu ne veux pas détruire les chances pour les autres qui vont te suivre. On veut être vu comme égal et comme faisant partie de l’équipe.

Pour l’heure, environ 20% des chirurgiens orthopédiques sont des femmes au Québec. Comment peut-on leur assurer une plus grande place dans les années à venir?

L’important, ce n’est pas vraiment le nombre de filles qu’il y a ou qu’il n’y a pas. L’important, c’est que toutes les filles qui ont ce rêve sentent qu’elles ont le droit d’essayer et de suivre leurs rêves.

Je ne sais pas si présentement, au Québec, il y a autant de filles que de gars qui veulent être orthopédistes, mais peu importe les différences, la diversité peut se vivre à d’autres niveaux, comme l’orientation sexuelle, l’origine ethnique, les handicaps. C’est de montrer des exemples positifs.

Quelle satisfaction tirez-vous de votre emploi?

J’ai des résultats instantanés. Tu vois un patient avec une fracture, tu l’opères, c’est rendu droit. Le patient a moins de douleur. C’est incroyable, la chance que j’ai. Puis, c’est un domaine aussi où la science continue énormément d’évoluer. Je fais de la recherche, j’apprends de nouvelles choses presque encore tous les jours.

Est-ce difficile de faire du temps pour votre famille avec autant d’heures de travail?

Ça prend vraiment une organisation au quart de tour. En plus, mon mari est policier. Il a un horaire de jour, soir et nuit aussi. On a un calendrier sur cinq ans et on met tout. Quand lui il a des nuits, mon chef ici a une grande compréhension alors il ne me met pas de garde. Tout est ajusté pour qu’on ait toujours un parent avec les enfants.

Comment décririez-vous votre approche avec vos patients dans le feu de l’action?

La relation humaine c’est super important, mais en arrière de ça, intellectuellement faut penser à ce qu’on a à faire comme chirurgie et avec quel matériel. Si tu perds ton énergie avec les relations interpersonnelles durant des conflits et qu’il y a trop d’émotions qui ressortent de ça, ça vient nuire au processus qui est très important pour donner des soins de qualité. La portion humaine, j’essaie vraiment d’être empathique. Il y a des patients dont certaines choses vont être super importantes pour eux, comme le retour au travail ou le sport. J’essaie d’ajuster mon intervention en fonction de ces besoins-là.

Ma technique, pour que ce soit le moins lourd possible, c’est vraiment de suivre le patient dans ce qu’il a à dire, d’exprimer ce que j’ai à faire le plus simple possible sans trop faire de vague.

40

Une journée par semaine, Dominique Rouleau rencontre environ 40 patients. Le reste de son temps est dédié à la recherche et aux chirurgies.

 

Dans le but de faciliter la lecture de l’entrevue, certaines réponses peuvent avoir été éditées.

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