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Le culte de la performance

Les athlètes compétitifs de crossfit ont un rythme de vie très réglementé. Ils calculent les calories ingérées, mesurent leur apport en protéines, en gras et en glucides et se pèsent régulièrement. Le but? Perfectionner le corps afin qu’il soit aussi performant et polyvalent qu’une machine. Un objectif, qui, lorsque visé par des enfants et des adolescents, soulèvent certaines inquiétudes.

Chaque mois, l’entraîneuse Tania Duczak se fait un point d’honneur de présenter aux enfants des capsules sur la bonne alimentation de manière ludique. Dès l’âge de cinq ans, ceux-ci sont donc en mesure de différencier un lipide, un glucide et une protéine.

« Parfois, je prends un aliment comme le ketchup, qu’ils considèrent comme bon pour la santé, et nous le comparons avec un autre comme le chocolat. Ils s’étonnent rapidement du fait que les deux contiennent 26g de sucre. Je leur montre à regarder le tableau nutritionnel, et ils arrivent à comparer les céréales et les barres tendres, par exemple. »

Dans un sport où les objectifs sont souvent reliés à la performance individuelle et à l’apparence physique, Marie-Ève Mathieu, physiologiste de l’exercice et professeure à l’Université de Montréal, soulève quelques inquiétudes.

« Au crossfit, plus que dans la majorité des disciplines sportives, le corps est une fin en soi. En basketball, par exemple, le corps est un moyen. Si tu es grand, tu es content. Lors de la poussée de croissance, un enfant qui réalisait facilement 10 tractions va soudainement rencontrer des difficultés supplémentaires. »

Les enfants, s’ils ne sont pas bien accompagnés, peuvent progressivement voir leur corps comme un obstacle plutôt que comme un allié. La spécialiste suggère donc de surveiller avec attention les comportements qu’on peut qualifier de compulsifs, notamment ceux liés à l’alimentation.

L’importance du jeu

Un autre aspect assez préoccupant du crossfit est la quasi-absence de jeu. Ici, les objectifs ne relèvent pas de la réussite de nouveaux éléments ou du marquage de point. Mme Mathieu recommande donc aux parents de choisir le centre d’entraînement de leur enfant en fonction de l’espace laissé à l’amusement.

Tania, l’entraîneuse de Crossfit St-Laurent, essaie de miser le plus possible sur cet aspect. « Mon objectif, c’est que les enfants quittent leur cours en ayant envie de revenir. Je veux qu’ils aiment l’activité physique et qu’elle devienne un mode de vie pour eux. »

C’est aspect relève une importance particulière dans une discipline sportive où la plupart des éléments pratiqués créent une forme de douleur musculaire, une conséquence que tous les enfants ne parviennent pas à supporter.

Pour Diego, 10 ans, la douleur vaut bien les résultats. « Ça me plaît de travailler fort et de dépasser mes limites. Ça vaut beaucoup mieux que de rester assis sur le divan toute la journée. »

Chelsea, 6 ans, est du même avis. « Lorsque les entraînements sont longs et difficiles, je sens que mes muscles travaillent. Mais ça ne me dérange pas. On s’amuse aussi beaucoup. »

Anne-Frédérique Hébert-Dolbec

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