Saint-Laurent
12:08 30 octobre 2014 | mise à jour le: 30 octobre 2014 à 12:08 temps de lecture: 5 minutes

Crossfit pour enfants : la vigilance est de mise

À Crossfit Saint-Laurent, le samedi matin, on fait des pompes, des tractions, des squats et on repousse ses limites au maximum. Seule condition? Être âgé entre 5 et 12 ans. Le crossfit est un sport d’endurance et de performance de plus en plus populaire chez les jeunes adultes, mais comporte certains risques lorsqu’il est pratiqué par des gamins hauts comme trois pommes.

« Je pratique le crossfit depuis deux ans, raconte Lori Bergman. En mai dernier, j’ai fait ma première compétition et ma fille Chelsea, 6 ans, a été vraiment impressionnée. Elle m’a immédiatement demandé de participer.»

 

Dans la grande salle réservée aux entraînements, on entend les cris des enfants qui s’encouragent. Sur le tableau blanc, le WOD (workout of the day) est inscrit en lettres multicolores. Répéter quatre fois : 10 squats, marche en ours, 10 tractions, une marche en crabe, cinq équilibres au mur.

 

Hannah, 12 ans, est une passionnée. «Le crossfit est vraiment amusant. Il me permet de renforcer mes muscles, d’être forte, et de rester en santé. En plus, ça me permet de développer des qualités pour le soccer, mon sport préféré. »

 

Les enfants ont donc les mêmes objectifs que les adultes. Gagner en force, en puissance et en endurance.

 

« Mon fils joue au hockey et je cherchais un moyen de lui faire gagner de la force, explique Stéphane. Il adore le crossfit et, en plus, je vois vraiment une progression au niveau de sa forme physique, de son agilité. »

Les risques

La pratique du crossfit chez les enfants et les adolescents en pleine croissance est pratiqué dans un nombre grandissant de clubs à Montréal. Pour Marie-Ève Mathieu, physiologiste de l’exercice et professeure à l’Université de Montréal, cela exige une vigilance constante.

« Dans toute activité physique, le muscle s’adapte toujours plus vite que l’appareil moteur passif, c’est-à-dire les os ,les tendons et les ligaments, explique Mme Mathieu. Le crossfit amène rapidement une nouvelle charge, en poids ou en répétition, notamment chez les enfants débutants et peu actifs.Les muscles s’adaptent très rapidement à cette nouvelle charge, mais pas les tissus. C’est là que les blessures surviennent. »

 

À Crossfit Saint-Laurent, on utilise les poids majoritairement pour les jeux et les courses à relais. Les concepts et la pratique de l’haltérophilie sont progressivement introduits vers l’âge de 10 ans.

 

Pour Tania Duczak, entraîneuse certifiée « crossfit pour enfants », l’introduction hâtive de poids n’est pas problématique. « Il n’y a pas de risque de blessures, on suit la progression de l’enfant. Il faut se rappeler que les enfants, même ceux de 5 ans, lèvent des poids beaucoup plus souvent qu’on puisse le penser. Leur sac à dos pèse souvent 15 livres. »

 

« Les blessures sont un risque lié aux sports en général, soutient Lori Bergman, maman de Chelsea. Elles existent aussi au hockey, au soccer ou en gymnastique. Le fait que ma fille évolue dans un gymnase avec des entraîneurs qualifiés, et qu’elle apprenne les mouvements d’haltérophilie étape par étape, réduit les risques selon moi. »

 

Pour Mme Mathieu, les exercices effectués avec le poids du corps, sans ajout de charges supplémentaires, sont amplement suffisants tout au long de la période de croissance. L’objectif visé par le crossfit, soit le gain de masse musculaire, ne peut être atteint par des enfants qui n’ont pas fini de grandir.

 

« Quand les jeunes n’ont pas eu leur poussée de croissance, l’amélioration des capacités musculaires comme la force et la puissance ne sont vraiment pas optimales. Les jeunes n’ont pas les hormones nécessaires pour faire de l’hypertrophie et prendre de la masse. Donc, si on entraîne les enfants avec ces objectifs en tête, on n’aura pas de grand retour sur notre investissement. »

 

La physiologiste insiste tout de même pour dire que, bien que la prudence soit de mise, la pratique du crossfit n’est pas à bannir. Le plus grand risque pour la santé des enfants demeure la sédentarité. Pour éviter les blessures, il faut toutefois savoir poser les bonnes questions.

 

« Les enfants en croissance sont souvent entraînés par des gens moins qualifiés. Il est important de connaître la formation de l’entraîneur de notre enfant. Est-il kinésiologue ou a-t-il seulement suivi un stage de deux semaines? Est-ce que le nombre d’enfants dans le groupe est assez restreint pour que leur technique soit surveillée en tout temps? »

 

Afin d’éviter les blessures, Mme Mathieu suggère aux parents de les exposer à plusieurs disciplines durant l’âge primaire.

 

« Il faut éviter la spécialisation hâtive. Le crossfit devrait être pratiqué en alternance avec le soccer ou la natation, par exemple. Si on ne travaille que le volet technique, on passe à côté de plusieurs habiletés motrices et de plusieurs occasions de découvrir les véritables intérêts et aptitudes de l’enfant. »

 

Anne-Frédérique Hébert-Dolbec

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