Saint-Laurent

Jeunes sans-abri: l’histoire d’Amanda

Ressources Jeunesse de Saint-Laurent Photo: TC Media / Anne-Frédérique Hébert-Dolbec

Cette année, 57 jeunes ont fait un pas hors de la rue, et sont passés par la maison d’hébergement temporaire de Ressources jeunesse Saint-Laurent, dans l’espoir de se prendre en main et de structurer leur avenir. Parmi eux, Amanda (nom fictif), 21 ans, a accepté de nous raconter son histoire.

À peine sortie de l’adolescence, Amanda a été jetée à la rue par son père. Sans ressources, sans toit et les poches vides, la jeune fille s’est mise à la recherche d’un endroit où habiter.

Grâce à une intervenante sociale, elle découvre l’existence de Ressources Jeunesse Saint-Laurent (RJSL). Par chance, une place se libère pour elle très rapidement à la maison d’hébergement temporaire.

Après son séjour, toutefois, Amanda n’est pas prête pour l’étape suivante, les appartements supervisés, et doit se tourner vers d’autres refuges.

Elle revient donc quelques mois plus tard pour une seconde fois à RSJL, où nous la rencontrons, prête à réaliser ses objectifs.

«Je suis à la recherche d’une stabilité dans ma vie. J’ai appliqué pour les appartements supervisés, et je veux faire mes preuves ici. Un logement est essentiel pour que je puisse atteindre mes autres objectifs, comme celui de retourner aux études.»

Le cas Saint-Laurent
Selon Sébastien Lanouette, directeur général de RJSL, le profil des jeunes de Saint-Laurent est très différent de celui des autres maisons d’hébergement qu’on retrouve à Montréal, particulièrement au centre-ville. La multiethnicité de l’arrondissement est à la base de ces différences. Le cas d’Amanda est loin d’être unique.

«Souvent, les problèmes familiaux dans les familles immigrantes viennent du fait que les jeunes s’intègrent plus vite à la société québécoise, grâce à l’école, que leurs parents, explique M. Lanouette. On a plusieurs cas de jeunes jetés à la porte de leur maison. La plus grande liberté face à la consommation d’alcool ou aux mœurs sexuelles, par exemple, crée parfois un « clash » entre les générations. »

Plusieurs jeunes vivent aussi des problèmes de santé mentale liés à l’immigration, selon le directeur général. Par exemple, certains conservent un traumatisme causé par un génocide dans leur pays d’origine. D’autres doivent apprendre à vivre sans un membre de leur famile, qui est demeuré à l’autre bout du monde.

Portrait
L’itinérance jeunesse peut prendre différents visages. RJSL accueille chaque année une clientèle provenant de tous les milieux.

L’organisme a constaté que plus d’un jeune sur trois qui se retrouvent à la rue sont mineurs.

De plus en plus de jeunes filles sont confrontées à des problématiques comme la pauvreté, les conflits familiaux de nature culturelle, ainsi que la santé mentale. En 1991, elles constituaient 5,5 % de la clientèle de la maison d’hébergement. Aujourd’hui, elles représentent près de 37 %.

En 2013-2014, les problématiques les plus marquantes vécues par les jeunes sont les conflits familiaux à 98 %, ainsi que les problèmes reliés à la santé mentale à 34 %. Le quart des jeunes vivent un problème relié à la toxicomanie.

Une seconde famille
Après avoir vécu des moments difficiles, Amanda a vraiment retrouvé une certaine forme de paix à la maison d’hébergement. Elle se montre calme, souriante et réfléchie au sujet de sa situation.

Elle attribue sa sérénité à l’encadrement des intervenants et à l’ambiance générale de la maison.

«Les intervenants ici sont toujours prêts à nous venir en aide et ils sont vraiment attentifs à nos besoins. Si on a l’air triste ou perturbé, ils vont prendre le temps de nous questionner pour connaître le fond de l’histoire. Peu de gens prennent le temps de faire ça.»

Amanda a aussi pu trouver des frères et sœurs parmi les autres jeunes qui partagent son quotidien. «On est tous ensemble à la maison, on fait la bouffe à tour de rôle, on discute, on se fait compétition au « baby foot ». J’ai vraiment retrouvé une deuxième famille ici.»

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