Toujours passionnée d’enseignement à 100 ans
Soeur Élisabeth Landry reprendrait volontiers sa craie et ses cahiers, si sa santé le lui permettait. Elle parle de ses anciennes fonctions avec tant d’enthousiasme et de joie que la simple idée de côtoyer des enfants à chaque jour semble lui redonner l’énergie de ses vingt ans.
La centenaire s’est rendue la semaine dernière à l’école Bois-Francs, où elle a enseigné pendant dix ans à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Elle n’y était jamais retournée depuis cette époque où elle portait encore l’habit religieux et le nom de Sœur Saint-Joseph-Odilon.
Le bâtiment a tellement changé qu’elle a bien failli ne pas le reconnaître. Loin d’être attristée par ces modifications, l’ambiance de l’établissement l’a enchantée. «J’aurais tellement aimé enseigner dans une école comme celle-là! Six cents élèves de soixante-cinq nationalités, ça m’aurait fait voyager», s’exclame-t-elle.
À voir son dynamisme, force est de constater qu’elle pourrait encore captiver une classe entière. Et la religieuse, débrouillarde, saurait probablement s’adapter aux nouvelles technologies. Elle a appris seule à naviguer sur «les internets» et les consulte chaque jour.
4000 enfants
Sœur Landry a toujours préféré la compagnie des enfants. Encore aujourd’hui, les photos de son arrière-arrière-petite-nièce sont partout dans sa chambre du Pavillon Saint-Joseph, l’infirmerie des Sœurs de Sainte-Croix sur le boulevard Côte-Vertu.
Quand on lui demande si elle a trouvé difficile de renoncer à la maternité en prenant le voile, elle répond qu’elle en a été bien récompensée. «Vous savez, une femme peut être mère un maximum d’une vingtaine de fois. Moi, j’ai eu 4000 enfants! Mon sacrifice a été remboursé au centuple, comme dit l’Évangile», confie-t-elle avec un sourire.
Forcée d’arrêter l’enseignement en 1969 à cause de sa surdité, la religieuse a consigné dans un petit cahier ses trente-quatre années de métier. Elle le consulte maintenant avec émotion.
Soeur Élisabeth garde de ses élèves des souvenirs nombreux et précis. «Quand je regarde des vieilles photos avec elle, c’est étonnant de voir qu’elle sait encore les noms de plusieurs que, moi-même, j’ai oublié», constate Claire Laveau, une ancienne élève de 1946.
La religieuse a su laisser sa marque auprès de ses pupilles, dont quelques-uns lui rendent parfois visite. Horace Lacroix l’a même recherchée pendant trente ans. Il lui a avoué que la confiance qu’elle lui avait accordée avait entièrement changé sa vie.
«C’est ça, l’enseignement. Mes élèves m’ont toujours bien rendu mon amour», conclut-elle avec gratitude.