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Des organismes communautaires crient famine

Des organismes œuvrant en déficience intellectuelle lancent un cri du cœur. Les restrictions municipales encadrant les boîtes de dons de vêtements mettent leurs activités de bienfaisance en péril.

Cette année, la fondation Le Support a coupé de plus de la moitié les montants qu’elle donne aux organismes caritatifs par rapport à ce qu’elle distribuait en 2011-2012.

Selon son directeur général, ses revenus ont chuté depuis la multiplication des bennes de dons concurrentes, parfois exploitées par des entreprises à but lucratif, et l’entrée en vigueur de règles municipales encadrant la collecte de vêtements.

« En tant que citoyenne, je suis préoccupée par la pollution visuelle et la prolifération sauvage des boîtes de dons. Oui, la ville doit légiférer, mais elle doit le faire comme il le faut », plaide Elizabeth Doiron-Gascon, directrice générale de l’organisme Parrainage civique les Marronniers.

Cet organisme à but non lucratif (OBNL) travaille à l’intégration sociale des personnes présentant une déficience intellectuelle. Pour accomplir cette mission, il a ouvert l’an dernier le Jarry-deuxième café bistro, dans l’arrondissement Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension.

« C’est un lieu pour de jeunes adultes qui vivent avec une déficience intellectuelle. Ils y font des stages en cuisine et en service à la clientèle. C’est un vrai restaurant ouvert à la population où la différence est vue comme une normalité », explique-t-elle.

Cette année, le café bistro a accueilli une trentaine de jeunes qui ont fait des stages de 500 heures.

Si ce projet s’est concrétisé, c’est, entre autres, grâce au soutien de 25 000 $ offert par la fondation Le Support. Ce montant a permis l’achat d’équipement de restauration et la mise en ligne d’un site Web.

« C’est plus qu’une aide financière, c’est un partenaire qui est présent et qui nous appuie, souligne Mme Doiron-Gascon. Mais il ne sera plus là parce qu’actuellement, c’est gelé. On ne peut plus leur faire de demandes. »

Difficile de combler les pertes

« Je suis attristé de voir qu’on a moins d’argent à donner alors que la demande ne va qu’en augmentant. On s’entend, ce ne sont pas les municipalités qui vont pallier le manque de ressources, encore moins les gouvernements provincial et fédéral », déplore Philippe Siebes, directeur général de la fondation Le Support.

Plusieurs dirigeants d’organismes qui travaillent dans le milieu de la déficience intellectuelle confirment que les besoins sont criants et que l’aide de cette fondation leur est essentielle pour y répondre.

« Que ce soit 15 000 $, 20 000 $ ou 30 000 $, dans le milieu de la déficience intellectuelle, c’est un trou important dans un budget. Si, demain matin, je n’ai plus ces fonds, il faudrait soit réduire les services ou trouver d’autres moyens. Un autre moyen, c’est quoi? Un souper spaghetti? Ça va m’en prendre beaucoup », ironise Luc Desjardins, directeur général du Regroupement pour la Trisomie 21, un organisme qui offre à coût moindre des services en ergothérapie, massothérapie, loisirs et stimulation du langage.

Faute de moyens, Ghyslain Lemay, de l’Association sportive des jeunes handicapés de l’Estrie (ASJHE), est déjà confronté à des choix déchirants.

« On a fait une demande au Support avant le début de l’année financière, mais on a reçu une lettre nous disant que les demandes sont suspendues et qu’on ne peut plus nous donner d’argent. C’est donc 20 % de notre budget qui se trouve hypothéqué », explique-t-il, désenchanté.

Parmi ses services, l’ASJHE offre des camps de jour et des ateliers pour de jeunes adultes. Compte tenu du coût du matériel, de la location de salle et du transport des bénévoles, l’organisme se voit obligé de diminuer les activités qu’il propose.

Pour pallier le manque à gagner, les OBNL devront trouver d’autres sources de financement. Un défi colossal selon Mme Doiron-Gascon du Jarry-deuxième café bistro.

« C’est extrêmement difficile d’aller chercher de l’argent en déficience intellectuelle. Il y a très peu de sources de financement et une concurrence féroce. Les fondations appuient beaucoup les causes impliquant les jeunes, les maladies et le cancer, mais la déficience intellectuelle, c’est le dernier des soucis, surtout quand il est question d’adultes. »

Heureusement pour elle, il lui reste le soutien de Centraide. Mais elle ajoute que même cet organisme connaît une période difficile. Pour la première fois de son histoire, ce pilier du financement caritatif doit réduire l’aide qu’il offre aux organismes du Grand Montréal.

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