75 heures dans les souliers d’une personne handicapée
Ergothérapeute au département de neurotraumatologie, Andréanne Demers-Laberge s’est privé de son côté droit durant 75 heures. Pas trois jours, non. Un vrai 75 heures. Les nuits ne comptent pas, les journées au boulot non plus. « On arrivait au travail avec le handicap, on faisait notre journée normalement, puis on repartait avec le handicap. Pour ma part, ça s’est étiré sur huit jours. »
L’idée du Défi 75 heures est venue à Mme Demers-Laberge alors que son équipe cherchait une campagne de financement originale pour la fondation Mélio, qui vise à améliorer la qualité de vie des 5000 enfants handicapés suivis annuellement au CRME. « La plupart des collectes de fonds prennent la forme de défis personnels, comme courir un marathon ou monter une montagne. Mais on voulait que ce soit plus en lien avec notre travail, pour nous aider dans notre pratique. »
Émotions fortes
Le faux handicap d’Andréanne Demers-Laberge en était donc un qu’elle a l’habitude de traiter. Au début, tout allait bien : l’attrait de la nouveauté et l’intérêt clinique pour l’expérience prenaient toute la place.
Mais les difficultés et les frustrations ont tôt fait d’arriver. « J’ai dû ralentir mon rythme : toutes les tâches quotidiennes prennent tellement de temps que j’étais épuisée, le soir. C’est ce que je vais avoir appris de plus utile sur mes clients. »
Et sa pratique en sera modifiée, soutient-elle. « Mes attentes vont être différentes, je vais comprendre s’ils ont une moins bonne journée. »
Les dernières heures ont été difficiles pour elle et ses collègues. « Un moment donné, on perd de vue qu’on va retrouver nos moyens et ça fait vraiment partie de nous. On se laisse vraiment embarquer là-dedans. » Ces zones émotives, les professionnelles voulaient les atteindre. « C’est pour ça qu’on a voulu que le défi dure 75 heures. Peu de projets ont accès au côté humain et aux émotions. C’est sûr qu’on n’a pas la prétention de dire qu’on sait ce qu’est un handicap. Mais on l’a vécu un peu. »
Deuil
D’ailleurs, une patiente Mme Demers-Laberge lui a confié être heureuse que son ergothérapeute sache un peu mieux comment elle peut se sentir, au quotidien.
Toutefois, un aspect qu’aucune des quatre thérapeutes participantes ne pourront toucher est celui du deuil. Les patients du département de neurotraumatologie doivent accepter la perte d’une de leurs fonctions, du jour au lendemain.
Outre Mme Demers-Laberge, qui a renoncé à ses bras et jambe droits, l’orthophoniste Julie Guilbault a communiqué avec un clavier. L’ergothérapeute Chantal Dupuis s’est alimenté par gavage, à l’aide d’un tube nasogastrique. Quant à la chef de programme et ancienne physiothérapeute Nathalie Trudelle, elle s’est déplacée en fauteuil roulant.
Les témoignages de chacune se retrouvent au www.75heures.org.