Oliver Jones brille toujours à 80 ans
Celui qui a vu le jour dans la Petite-Bourgogne et y a vécu jusqu’à l’âge de 24 ans célèbre cette année son 80ème anniversaire de naissance, et pas moins de 75 ans de carrière.
Pour le maire Denis Coderre, il s’agit d’une façon de le remercier pour sa contribution exceptionnelle à la musique, au jazz et au rayonnement de la métropole sur la scène internationale. «C’est afin de souligner son immense talent, son impressionnante carrière et sa grande générosité que je lui décerne le titre de Citoyen d’honneur de Montréal», a-t-il déclaré lors de la cérémonie.
Des trophées, des honneurs, Oliver Jones en a reçus durant sa longue carrière. Il a accumulé les Félix et les Juno pour ses enregistrements. Il a également reçu de nombreuses distinctions, notamment le Prix Martin Luther King Jr., l’Ordre du Canada et l’Ordre du Québec. Mais le titre de Citoyen d’honneur lui fait particulièrement chaud au coeur. Il a été touché par la cérémonie. «Les gens qui étaient là, je les connais depuis 70 ans. Je suis tellement fier que ces gens m’aient suivi, qu’ils m’aient encouragé pendant tout ce temps», confie celui qui réside aujourd’hui dans Côte-Saint-Luc. «Comme artiste, on donne. Mais on reçoit autant.»
Oliver Jones, qui a grandi à quelques pas d’Oscar Peterson, a donné son premier concert à l’âge de 5 ans. À 9 ans, il jouait dans des boîtes de nuit de la métropole. Pendant une décennie, de 1953 à 1963, il a travaillé à Montréal et ailleurs au Québec avant de devenir, jusqu’en 1980, directeur musical du chanteur calypso Kenny Hamilton, établi à Porto-Rico. Il le restera pendant 15 ans. «J’ai bien aimé Porto-Rico. Surtout le climat», dit-il. Depuis 20 ans, il passe d’ailleurs l’hiver en Floride. «Je pars à la mi-octobre et je reviens en avril, juste à temps pour payer mes taxes», lance-t-il en rigolant. À son retour, il a été pianiste attitré du club de jazz Biddle – aujourd’hui The House of Jazz.
En 2000, le jazzman décide que c’est le temps de tirer sa révérence. «J’ai pris ma retraite à l’âge de 65 ans – comme tout le monde», dit-il. «Ç’a duré quatre ans et demi.»
«Mon ami Oscar me disait: tu es dix ans plus jeune que moi et tu as pris ta retraite. Tu es bien trop jeune!»
André Ménard, du Festival international de jazz de Montréal, l’a tiré de la retraite pour un concert avec Oscar Peterson. «Ça faisait trente ans qu’Oscar et moi on parlait de faire quelque chose ensemble», relate le pianiste. «Ce concert, ç’a été un grand moment de ma vie, musicalement.» Depuis, il n’a pas arrêté. Des tournées l’on amené, entre autres, aux États-Unis, au Japon, en Australie, en Nouvelle-Zélande, dans plusieurs pays d’Europe et en Chine. «Je suis tellement content de pouvoir jouer si longtemps», dit-il. «J’espère jouer encore deux, trois ans – si je peux continuer à jouer à ce niveau.»
Durant les six mois où il n’est pas en Floride, Oliver Jones donne de 60 à 75 concerts. «Après cette année, je vais couper ça à 20, dit-il. C’est assez pour moi. Il faut laisser la place à la relève.»
L’artiste jette un regard plus que satisfait sur sa carrière. «Avec Oscar, on se disait: pas pire pour deux gars de Saint-Henri. À nous deux, on a 23 doctorats. On a joué pour des rois, des reines, des présidents. Nos pères n’auraient jamais cru ça!»
Attachement
Oliver Jones ne refuse jamais une invitation de revenir dans le quartier de son enfance. L’année dernière, il acceptait de parrainer l’un des pianos publics dans l’arrondissement. Il était aussi de la grande fête de lancement du projet multiplateforme Jazz Petite-Bourgogne.
«Mon corps est à Côte-Saint-Luc, mais mon cœur est resté dans le bas de la ville», dit-il. «La Petite-Bourgogne, ça me touche à chaque fois que j’y vais.»
Parfois, il saute dans son auto et se rend devant la maison où il a habité ou en face de celle où Oscar Peterson a vécu. «Et je reste dans mon auto», dit-il. Les souvenirs remontent alors à la surface. «Les souvenirs de tous ceux avec qui j’ai grandi», confie Oliver Jones. «C’est tellement important pour moi de garder ces souvenirs.»
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