Terrains publics… bénéfices privés ?
Une fois de plus, une instance gouvernementale a l’intention de vendre au privé des terrains appartenant au public. Les acteurs communautaires de Pointe-Saint-Charles réunis autour de la Table Action-Gardien s’insurgent contre la récente décision de la Société immobilière du Canada (SIC) de faire appel aux promoteurs privés pour planifier et développer le Bassin Wellington.
On apprenait en effet sur le site internet de la SIC que la société d’État a retenu les services d’un courtier immobilier, le groupe financier Brookfield, pour créer une entité conjointe SIC-promoteurs immobiliers, responsable «de la réalisation de l’ensemble des phases de mise en valeur de la propriété, de la préparation d’un plan directeur et de la conception jusqu’à la disposition des lots desservis prêts pour construction».
Les promoteurs ont de quoi être alléchés. Situés à l’est de Pointe-Saint-Charles, ces terrains de 18 acres – 120 terrains de football – sont stratégiquement situés à proximité du centre-ville, en face du District Griffin et du bassin Peel. La SIC parle d’un potentiel de construction de 3 millions de pieds carrés, soit une superficie équivalente à deux fois la Place Ville-Marie. Ils font partie d’un vaste territoire à requalifier entre Wellington et le Pont Victoria, celui-là même qui était convoité pour le projet abandonné de déménagement du Casino en 2005.
Pour une réelle contribution de la communauté
La Table Action-Gardien interpelle fortement la SIC pour qu’elle revienne sur sa décision et crée plutôt une entité conjointe SIC / Communauté, incluant les acteurs municipaux, para-municipaux, communautaires et de l’économie sociale. Par ce geste significatif et novateur, on sortirait enfin d’une décennie de développement et d’urbanisme dictés par les intérêts des promoteurs privés.
Nous rejetons la prémisse de rentabilité mise de l’avant par la SIC. Ce qui doit primer, ce sont les besoins réels des montréalais, en termes d’emplois, de logements, d’équipement publics.
Le redéveloppement de ce site public doit nécessairement être basé sur une pleine participation des citoyennes et citoyens aux différentes étapes de planification, conception et suivi des projets. La communauté de Pointe-Saint-Charles réaffirme qu’elle sera partie-prenante de l’avenir de son quartier et de l’élaboration collective d’un projet digne d’une ville juste et équitable.
L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) cite comme exemplaire les exercices de planification en amont de tout projet privé. À plus forte raison sur des terrains publics, nous refusons d’être consultés sur un plan d’aménagement ou des projets prédéfinis par des promoteurs en fonction d’objectifs de profits.
N’a-t-on rien appris des erreurs de Griffintown?
Depuis le plan de revitalisation du canal de Lachine lancé par les pouvoirs publics dans les années 2000, les mégaprojets immobiliers se multiplient dans une logique d’extension du centre-ville, sans tenir compte des besoins locaux ni des impacts sur les quartiers historiques de Pointe-Saint-Charles, Saint-Henri, Petite-Bourgogne. Ils incluent un maigre 15% de logement communautaire, exceptionnellement 20%, alors même que, selon nos estimations, 80% des ménages locataires montréalais n’ont pas les moyens de se payer le plus petit des condos.
Faute d’avoir constitué des réserves foncières et soustrait des terrains du marché spéculatif, les pouvoirs publics doivent maintenant exproprier des terrains à des prix exorbitants pour installer un parc ou tout autre projet public. Les zones d’emploi sont menacées tandis que les projets d’économie sociale, de logement communautaire ou de CPE deviennent quasiment impossibles à réaliser.
Les voix sont nombreuses à s’élever contre ce mode de développement qui exclue les familles et les ménages à petit et modeste revenus et qui dépossède les citoyens de leur territoire. À l’heure où la réserve de terrains et de bâtiments apparait comme la seule option pour garantir le droit au logement et à un milieu de vie de qualité, il serait inacceptable que l’un des derniers espaces publics aux abords du canal de Lachine soit livré aux plus offrants. Nous nous y opposerons avec toutes nos énergies. Il est crucial de conserver ces espaces publics, et de les développer en fonction de l’intérêt collectif. Qui dit terrain public doit signifier bénéfice public !