Lettre ouverte à M. Harper
À Davos, vous vous êtes adressé aux personnes qui œuvrent pour l’élite richissime de la planète et vous avez parlé devant le monde entier des changements à prévoir dans nos régimes de pension au Canada (régimes que nous soutenons d’ailleurs avec nos impôts) sans en avoir parlé aux Canadiens d’abord. Ce fut un comportement méprisant, une vraie gifle. Cela confirme d’ailleurs ce que nous savons de vous depuis longtemps: nous comprenons sans ambages où sont vos allégeances, et elles ne sont pas du côté des travailleurs, des démunis et des retraités. Mais vous avez certainement réussi à convaincre tous ces messieurs qu’ils n’ont rien à craindre du Canada. Vous êtes maître de la situation, vous faites ce que vous voulez. Comment appelle-t-on ce genre de comportement que vous affichez sans vergogne?
Mais voici quelques points intéressants:
1. Au Canada, le taux de faible revenu chez les 65 ans et plus s’est aggravé sensiblement entre 1996 et 2008, passant de 4,6% à 12,3%. (Institut de recherche et d’informations socio-économiques);
2. Ce taux est encore plus élevé chez les femmes retraitées. De plus, avec l’accroissement de l’espérance de vie des femmes, elles vivront plus longtemps et leur pauvreté durera plus longtemps aussi. C’est cela une société juste qui prend soin de ses aînées!;
3. Au Canada, le revenu moyen des ménages de 65 ans et plus était de 20 300$ en 2009. On est loin de la richesse; on est loin de Davos et des préoccupations de vos copains magnats de la finance, du pétrole, etc.!;
4. Une des mesures prévues, soit celle de hausser l’âge d’éligibilité à la Sécurité de la vieillesse de 65 à 67 ans, augmenterait le nombre de personnes âgées pauvres, et encore une fois, pénaliserait criminellement les femmes, population déjà largement défavorisée en général;
5. De plus en plus de retraités éprouvent des difficultés à survivre, surtout lorsqu’ils dépendent uniquement des régimes publics, comme la Régie des rentes du Québec ou la Sécurité de la vieillesse du Canada. Les femmes sont les plus vulnérables. Au Québec, chez les retraités de 65 ans et plus habitant seuls, une femme sur deux vit sous le seuil de la pauvreté, comparativement à un homme sur trois. Souvent, les femmes âgées dépendent uniquement des régimes publics. (Gisèle Bourret – Comité des aînées de la Fédération des femmes du Québec, 31 janvier 2011). Allez-y, M. Harper, coupez encore dans nos revenus!;
6. «L’avenir du programme est en jeu». Des économistes ont prouvé que ces propos sont de la fumisterie pour justifier les prises de position incohérentes de la part de votre gouvernement et les agissements impopulaires et injustes;
7. Le Québec sera très perdant si vous vous entêtez à voler nos revenus de retraite puisque le Québec est l’une des provinces qui a le plus de retraités et qui devra puiser dans ses propres fonds publics pour compenser le manque à vivre de sa population. Mais le Québec n’a pas voté pour vous aux dernières élections, alors vous punissez!;
8. Les ânonnements à l’effet que c’est la faute des babyboomers ou des personnes à la retraite qui empêcheraient les retraités de l’avenir de profiter du système sont purs propos démagogiques. Ce genre de discours est futile et nébuleux et ne fait que créer et qu’alimenter la discorde entre les générations. Les babyboomers (qui sont aussi parfois des retraités) continuent de payer l’impôt fédéral et celui du Québec, les impôts fonciers, les taxes scolaires, les taxes de vente. Ils consomment et ils s’habillent et ils encouragent, cautionnent et participent financièrement aux mesures sociales et autres avantages dont la population plus jeune bénéficie. Diviser pour régner, n’est-ce-pas?;
9. Si vous avez tant besoin d’argent, M. Harper, pourquoi ne pas faire les poches de vos amis riches au lieu de vous servir des fonds publics, de nos impôts, pour subventionner tous ces bien nantis (individus, compagnies et multinationales)? En effet, vous avez obtenu la majorité aux dernières élections. Mais, nous ne vous avons jamais donné le droit ni le mandat de dilapider nos acquis et nos avoirs. Nous ne vous avons jamais donné carte blanche pour nous déposséder. Vous pensez et agissez comme si l’État était une entreprise privée dont le but ultime est de faire du profit. Non, nous récusons votre philosophie néolibérale mercantile et assassine qui est désastreuse pour l’avancement de la société et qui nous mène au bord du gouffre.
Mais en fin de compte, quelles sont vos véritables intentions, M. Harper? Cette bombe médiatique de mauvais goût lancée à Davos, cache-t-elle autre chose? Pour une fois, soyez clairs, dites-nous ce que vous voulez vraiment faire.
Line Maurel Montréal