Welcome Yankee : histoire de liberté
Persévérant, le cinéaste Benoît Desjardins? Oh! que oui. Cinq ans après avoir remporté un prix pour le scénario de Welcome Yankee, le résidant du quartier Émard a enfin pu aller de l’avant avec le tournage du court métrage de fiction.
Celui qui nous a donné les films Chewing gomme et Histoire de pêche vient de boucler le tournage. Les besoins de l’histoire l’on amené à planter sa caméra dans le port de Montréal, à Châteauguay, Saint-Eustache.
C’est en 2007 que le scénario de Welcome Yankee a valu à Benoît Desjardins le prix du public dans le cadre du concours Cours écrire ton court!. «Je croyais beaucoup à ce projet. Ça a pris cinq ans pour réunir les fonds», relate-t-il. Il s’agit de son film le plus ambitieux à ce jour avec un budget de 242 000$.
Le cinéaste le coproduit avec Vuk Stojanovic, qui signe également la direction photo – le même duo que l’on retrouvait derrière Histoire de pêche.
Welcome Yankee est un film choral où trois histoires s’entrecroisent. On suit le périple d’un couple de réfugiés tchétchènes (Noémie Godin-Vigneau et Danny Gilmore) et on s’attache aux pas d’un douanier au port de Montréal (Frédéric Blanchette) et d’un jeune garçon (Louis-David Leblanc).
Enfermé dans un conteneur à destination du Canada, le couple tchétchène fuit un pays aux prises avec un conflit qui a coûté la vie à leur premier enfant. La femme est enceinte. Ils toucheront terre à Montréal. Benoît Desjardins avait déjà rédigé une première version du scénario lors de ses études en cinéma. «L’idée m’est venue il y a cinq ans d’un ami qui travaillait comme gardien de sécurité au port de Montréal et qui a lui-même fait la découverte de réfugiés qui avaient fait la traversé de l’océan Atlantique dans un conteneur, explique-t-il. Cette histoire m’avait profondément marqué par le désespoir humain qu’elle renferme.»
«J’ai choisi la Tchétchénie, mais ça pourrait être l’histoire de réfugiés de n’importe quel pays», mentionne le réalisateur. «C’est un film où il y a beaucoup d’émotion», dit-il. «C’est un film à la fois très dur qui montre la réalité dans leur pays. Ils viennent ici avec l’espoir d’avoir une vie meilleure.»
«C’est un film sur la liberté, sur le partage de la liberté», souligne Benoît Desjardins. La paix ici. La guerre là-bas. «Qu’est-ce que ces gens ont fait pour mériter ça? C’est une question philosophique qui me hante depuis longtemps», confie-t-il. Un thème qu’il n’a pas fini d’explorer. «Je sens que je n’ai pas encore fait le tour de la question.»
«Depuis le début, je voulais travailler avec des comédiens tchétchènes pour assurer l’authenticité», signale le cinéaste. Mais ils ne sont pas nombreux au Québec. Cette communauté est surtout présente du côté de Toronto. Il a donc fait appel à des comédiens d’ici. Cette recherche de vérité l’a aussi amené à relever un défi technique important. «J’ai fait le choix de tourner dans un vrai conteneur. C’était important pour une question de réalisme, d’authenticité. Je voulais placer les comédiens dans cet univers», dit-il, glissant que c’est un tchéchène qui signe la musique.
Benoît Desjardins en est présentement à l’étape du montage. Welcome Yankee devrait être terminé en mars prochain, à temps pour la saison des festivals. Le cinéaste a un œil sur Cannes. Il vise la compétition officielle ou à tout le moins une participation au marché du Short Film Corner, où il a déjà présenté sa comédie romantique Chewing gomme.