Des bouddhistes honnêtes
En voyage, il y a des choses que l’on ne peut pas se permettre de perdre, tels son passeport et son portefeuille. En voyageant, je n’ai jamais perdu mon passeport, mais j’ai perdu mon portefeuille deux fois dans ma vie. Jusqu’à maintenant! La première fois, c’était il y a 10 ans, à Lima au Pérou. Je me l’étais fait dérober par une dizaine d’ados que l’on surnomme les piranhas. La deuxième fois, c’est en janvier dernier, à Chiang Mai en Thaïlande. Cette fois-ci, je l’avais égaré moi-même. Bel épais! Mais, je l’ai retrouvé et il ne manquait pas un cent. Parce qu’un moine bouddhiste l’a trouvé!
Des gouttes dans le front! Je me promenais comme un perdu dans Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, parce que j’y étais arrivé la veille. Je n’avais même pas encore une carte de la ville en main. Mais au moins, l’adresse de mon hôtel était dans mon portefeuille. Oui, dans mon portefeuille! Durant ma balade, je me suis arrêté dans un temple bouddhiste. Un peu plus loin, je me suis assis sur des escaliers pour regarder des enfants jouer dans une cour d’école. Il faisait beau et j’étais très détendu. Finalement, je me suis arrêté devant un temple en rénovation pour analyser la compétence des travailleurs. À ce moment-là, j’ai rencontré un homme et on a commencé une discussion. Pendant notre échange, j’ai voulu sortir mon portefeuille et lui montrer quelque chose. Surprise, pas de portefeuille! J’ai figé et j’avais des gouttes dans le front. Parce qu’il y avait, dans mon portefeuille, mes deux cartes de crédit, mes deux cartes de banque, mon permis de conduire, ma carte d’assurance maladie et 14 000 bahts (460 $ CAN). J’avais mon passeport, mais pas un sou dans les poches et aucune possibilité d’obtenir de l’argent. En réalisant ce qui se passait, le monsieur avec qui je discutais m’a dit « go! go! go! ».
Je pars en sens inverse! Je reviens dans la cour d’école où je m’étais assis et je trouve un responsable. Je lui demande si quelqu’un aurait trouvé un portefeuille. Non! Donc, je continue en regardant par terre en m’efforçant de marcher dans les pas que j’avais faits plus tôt. Encore rien! Je commence à réfléchir à des solutions, comme me faire transférer de l’argent de Visa via Western Union ou par l’une de mes sœurs. Ça spinne dans ma tête! J’arrive devant le temple que j’ai visité plus tôt et je me souviens que c’était le dernier endroit où j’avais sorti mon portefeuille. Oui, quand j’ai lancé de la monnaie dans les bols tibétains! Je m‘approche du garde de sécurité et je lui pose la question. Au même moment, un petit homme sort du temple avec mon portefeuille en main et dit avec son accent thaïlandais : « Is it what you’re looking for, sir? » Il ajoute : « You are a very lucky man, because a monk found it. »
Yessss! En plus, il ne manquait rien! J’ai tremblé pendant 10 minutes, je n’en revenais pas. Bien sûr, j’ai fait un généreux don drette là!
J’arrête un moine dans la rue! J’avais lu dans Lonely Planet que je pouvais assister à des discussions avec des moines et leur poser des questions. Eh bien, en sortant du temple avec mon portefeuille de nouveau en poche, j’ai aperçu un moine de l’autre côté de la rue. J’ai couru pour le rejoindre et je lui ai demandé si c’était lui qui avait trouvé mon portefeuille. Eh non! Il était d’un autre monastère. Parce que les temples et monastères sont très nombreux dans Chiang Mai et les environs. Je lui ai donc demandé où ces discussions avaient lieu. Il a pris ma carte et il a encerclé le bon temple en me disant « six o’clock ». Parfait!
17 h 30, en route vers le temple! J’avais mon scooter et ma carte pour m’y rendre, mais les noms des routes sont rarement affichés. Faut croire qu’ils les connaissent par cœur! En plus, d’un endroit à l’autre, les noms ne s’écrivent pas de la même façon. Si ça se ressemble quand je le lis, c’est ça! Donc, je suis arrivé avec un retard de 30 minutes. Assis à la table en face du temple, trois voyageurs et trois moines, dont celui que j’avais rencontré dans la rue. Ah ben! Ils m’ont tous accueilli gentiment et m’ont offert une bouteille d’eau. Les voyageurs présents à table avec moi étaient deux jeunes femmes catholiques d’Angleterre et un Français qui a demandé au Vatican son excommunication de l’Église. Ils posaient des questions pertinentes et souvent déchiffraient les réponses des moines mieux que moi, parce que j’avais de la difficulté avec leur accent. Il y avait une entraide mutuelle. C’était très intéressant!
Ma compréhension du bouddhisme! Il est surprenant que le bouddhisme soit aussi méconnu des Occidentaux. Pourtant, c’est la quatrième plus grande religion après le christianisme, l’islamisme et l’hindouisme. Selon moi, le bouddhisme ressemble à une philosophie plutôt qu’à une religion. Ils n’ont aucun dieu et ne croient pas aux miracles. Comparativement au christianisme, c’est très rationnel! Bouddha était un être humain et ne clame aucune divinité. La différence est qu’il a atteint l’éveil spirituel et qu’il a su comment l’enseigner à d’autres. Le dalaï-lama est tout simplement le dirigeant du Tibet, rien de moins, rien de plus. Bouddha a vécu au 5e siècle av. J.-C. et aurait passé six ans dans une grotte à méditer avant de clamer lui-même avoir atteint l’éveil spirituel. Être bouddhiste implique un grand détachement vis-à-vis des désirs, de la famille et de la vie. La philosophie des quatre nobles vérités de la vie énonce les problèmes de l’existence ainsi que les solutions (voir au bas de la page). De leur vivant, les actions et les gestes faits par les bouddhistes sont très importants (le karma). Les bouddhistes sont tout simplement des touristes respectueux de l’humanité en attente d’un départ vers le nirvana. Mais attendre à ne rien faire, c’est plate! Voilà pourquoi la méditation prend beaucoup de place dans leur mode de vie et est indispensable à leur ascension. Comme un long fleuve tranquille, les bouddhistes ne veulent vivre ni joies ni peines. Moi, j’appelle ça se mettre au neutre! Ils croient en la réincarnation, mais ne la souhaitent aucunement. Vivre une autre vie voudrait dire souffrir à nouveau. Le but ultime est d’atteindre le nirvana et de ne plus être réincarné. J’en connais plusieurs qui vont rester ici longtemps! Ah! Ah!
Ma conclusion! Même si je crois que le bouddhisme soutient de très bonnes valeurs, il me semble que c’est un peu excessif et monotone de vivre de cette façon. Pour ma part, j’aime mieux aimer pleinement et vivre des joies et des peines. Pour ceux qui sont « pu capables », devenir bouddhiste est une bonne solution! Mais pas besoin d’être un moine bouddhiste pour adhérer à des valeurs comme l’honnêteté. Par exemple, il suffit de croire à des dictons tels que « on récolte ce que l’on sème » ou « quand tu craches en l’air, ça te retombe sur le nez ». Parce que, tout comme ces dictons, la philosophie bouddhiste se base sur les actions et les gestes qu’ils font, parce qu’ils croient au karma. Et ça, je crois que ça incite beaucoup à cultiver de bonnes valeurs. Tandis que la religion catholique, elle, ouvre les portes du paradis même aux voleurs. S’ils demandent le pardon, bien sûr!
Merci à Bouddha et son moine pour mon portefeuille,
Alain Bourgeois
lespotinsdalain@gmail.com
P.-S. Ommmmmmmm!