Commerce de proximité: le zonage est-il adapté à Villeray?
Depuis quelque temps, l’ACTAV entend l’inquiétude de certains de ses membres face à un zonage qui les fragilise. «Ce ne sont pas les gros axes, comme Jarry, qui se développent, mais les petites rues transversales, remarque le président du conseil d’administration de l’ACTAV, Serge Fleury. C’est tant mieux pour développement local, mais le règlement de zonage municipal actuel peut être un frein. Il faut réfléchir à ce qu’on veut pour notre quartier.»
Les locaux que commerces et bureaux occupent sur les rues transversales (telles Villeray, De Castelnau, de Liège) répondent à un zonage de type C1 ou C2, c’est-à-dire qu’il y est permis un commerce léger et de proximité (voir encadré). L’arrondissement reconnaît aux commerçants des droits acquis sur leurs locaux, mais les propriétaires peuvent les reprendre pour les convertir en logements.
C’est ce qui est arrivé dernièrement à deux boutiques de Villeray. L’Atelier d’Oanh, sur la rue De Castelnau, a reçu un avis d’éviction de son propriétaire. «Ça fait seulement quatre ans que j’ai ouvert, ma clientèle commence à peine à me connaître», commente la propriétaire Oanh Nguyen, qui souhaite trouver un autre loyer abordable et adapté à ses activités à Villeray.
Harmoniser le quartier
Au conseil d’arrondissement de février, Serge Fleury a voulu attirer l’attention des élus sur cette situation. «Le zonage des petites rues n’a pas été conçu pour les activités commerciales. C’est très anachronique dans certains cas», explique-t-il au Progrès.
L’ACTAV ne prône pas un développement économique sauvage, insiste M. Fleury. «Il faut simplement harmoniser les différentes activités du secteur. Pour cela, il faut réfléchir à la vocation de nos rues.»
La conseillère de Villeray, Elsie Lefebvre, se dit «très réceptive» à ces inquiétudes. Les commerces de proximité améliorent directement la qualité de vie des familles, estime-t-elle. «La réflexion collective doit se faire rapidement.»
Le directeur de l’Aménagement urbain et Services aux entreprises de l’arrondissement, Benoît Lacroix, commente les enjeux de cette question. La rue De Castelnau, par exemple, est une zone de type C1, mais on y autorise des activités commerciales légères, de type C2. «En zonage C2, les restos sont permis. La restauration amène de la circulation automobile, des livraisons, l’occupation du stationnement sur les petites rues. Tout cela a un impact sur la vie résidentielle.»
Le maire de l’arrondissement, Anie Samson, appuie le fonctionnaire. «On ne peut pas mettre la loupe sur un problème. Il faut voir l’ensemble. Changer le zonage au cas par cas a un effet domino.»
Le plan d’urbanisme, instauré en 1994, est révisé à tous les dix ans par la Ville. Les prochains travaux sont prévus pour 2014 et cette date ne peut être devancée, soutient Mme Samson. Il faudra attendre l’an prochain, en raison de la lourdeur des travaux et des consultations, et parce que l’arrondissement «ne peut pas faire chambre à part» dans la Ville.
Comprendre le zonage
Le spectre du zonage à Montréal s’étend de C1 à C7. Villeray possède seulement des zones de type C1 à C4.
-C1: commerces et services d’appoint à la fonction résidentielle (par exemple: épicerie, librairie, boutique d’artisanat, salon de coiffure)
-C2: commerces et services en secteur de faible intensité commerciale
-C3: commerces et services en secteur désigné (par exemple: le marché Jean-Talon)
-C4: commerces et services d’intensité moyenne (Le commerce est obligatoire au rez-de-chaussée. Les rues Jean-Talon et Jarry sont de type C4.)