De moins en moins de place pour les lieux de culte, selon des experts
Comme plusieurs autres arrondissements l’ont fait au cours des derniers mois, Villeray – Saint-Michel – Parc-Extension a modifié sa réglementation pour baliser l’installation de lieux de culte sur son territoire. Des experts consultés par TC Media mettent en garde contre ces nouvelles mesures qu’ils voient comme une façon d’exclure les lieux de culte de la vie de quartier.
Bruno Désorcy, sociologue, compare la nouvelle réglementation à celle d’Outremont, où les lieux de culte ne sont plus les bienvenus sur deux artères commerciales. Il voit une «volonté des politiciens de cacher les lieux de culte».
Le sociologue et chercheur, qui travaille actuellement sur la question de l’intégration des lieux de culte minoritaires à l’urbanisme à l’Institut de recherche scientifique du Québec, constate qu’on leur laisse de moins en moins de place dans le paysage urbain.
«On est dans un courant laïciste, dans le sens où on ne veut plus de lieux de culte dans la trame urbaine, fait-il remarquer. Ce que je crains, c’est qu’il n’y ait plus de place pour les lieux de culte minoritaires. Il faut leur prévoir un endroit dans l’arrondissement», affirme l’expert.
La clause sur le stationnement dans l’arrondissement, selon laquelle les lieux de culte devront avoir une case de stationnement par 7,5m2, pose particulièrement problème à ses yeux puisqu’elle réduit les possibilités de s’installer.
Il donne aussi pour exemple Montréal-Nord, qui vient de demander la fermeture de plusieurs établissements, et de Saint-Léonard, où l’on a limité l’implantation de lieux de culte dans la zone industrielle.
Villeray – Saint-Michel – Parc-Extension permet l’installation de lieux de culte dans trois zones, dont le pôle d’emploi aux abords de l’autoroute 40, un lieu accessible selon l’arrondissement.
Selon M. Désorcy, la Ville devrait intégrer la notion d’intégration des lieux de culte à son schéma d’urbanisme global, plutôt que d’apporter des réglementations par arrondissement, puisque «le problème sera récurrent.»
Un avis que partage le coprésident de l’association des Musulmans et des Arabes pour la Laïcité au Québec, Haroun Bouazzi.
«Il y a plusieurs problèmes: d’abord, on ne voit aucune cohérence entre les réglementations des arrondissements. Il serait temps que l’administration centrale se penche sur des vraies solutions. Actuellement, à de vrais problèmes, on apporte de mauvaises solutions», affirme-t-il.
Le nouveau règlement de Villeray – Saint-Michel – Parc-Extension cache selon lui un autre motif.
«On veut cacher les minorités, et le moyen qu’on trouve, c’est la problématique du stationnement», déplore-t-il.
Le coprésident déplore que les politiciens agissent sans adresser le problème du racisme et de l’islamophobie, qui serait selon lui loin d’être réglé.
«Les gens qui viennent gueuler dans les consultations publiques, ils ne parlent pas du stationnement et de vitalité commerciale. Ce qui est clair, c’est que les gens ont peur des nouveaux lieux de culte», regrette-t-il.
Il souhaite que les «minorités fassent partie du quotidien des gens», en étant permis sur les artères commerciales notamment.
Voir aussi: Le conseil d’arrondissement impose des restrictions sur l’installation de lieux de culte