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L’Amérique latine à l’ère de la malbouffe

Photo: Getty

L’obésité n’est plus seulement un fléau de pays riches: les États pauvres en souffrent aussi de plus en plus.

Depuis des générations, les Mexicains ont savouré des aguas frescas, une boisson désaltérante traditionnelle. Aujourd’hui, ce sont les plus grands consommateurs de boissons gazeuses du monde. Et ce record laisse des traces : 33 % des Mexicains sont obèses, ce qui fait du Mexique le seul pays où il y a plus d’obèses qu’aux États-Unis (32 %), selon le dernier rapport des Nations unies.

«À force de manger de la malbouffe, les Mexicains se sont habitués à plus de sel et à plus de gras, dit Xaviera Cabada, coordinatrice en nutrition pour El poder del consumidor, une organisation mexicaine. Donc, lorsqu’ils cuisinent des mets traditionnels, ils utilisent plus de corps gras qu’avant.»

Les Mexicains qui ont un surplus de poids ne vivent pas dans l’opulence. Au contraire, ils font souvent partie des plus pauvres de la société. «Depuis 10 ans, les multinationales ont inondé ce pays de plats industrialisés, explique Mme Cabada. C’est abordable, accessible partout – et ça crée une dépendance.»

Partout dans le monde, les pauvres grossissent. Comme les Mexicains, ils délaissent leur alimentation à base de fruits et de céréales ou abandonnent des régimes sains pour la malbouffe. Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’obésité reste moins prévalente dans les classes laborieuses que chez les riches, mais l’indigence garantit de moins en moins une silhouette fine.

«L’obésité est un problème de haut vol, explique Hank Cardello, directeur de l’Initiative solutions obésité à l’Institut Hudson de Washington et auteur de Stuffed : An Insider’s Look at Who’s (Really) Making America Fat. Aux États-Unis, elle coûte 200 G$US chaque année. Sans parler du coût personnel : l’obésité est une porte d’entrée pour une foule d’autres maladies, comme le diabète.»

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Le fléau se répand en Amérique latine à un rythme qui n’a d’équivalent nulle part ailleurs. Le Pérou compte aujourd’hui plus de restaurants de malbouffe par habitant qu’aucun autre pays. Au Guatemala, la moitié des enfants souffrent d’anémie et de retard de croissance, tandis que la moitié des femmes accusent un surpoids.

«Ça se voit dans le nombre de maladies liées à l’obésité», indique Xaviera Cabada. Près de 8 Mexicains sur 10 souffrent de diabète aujourd’hui. En 2011, 81 000 Mexicains sont morts de cette maladie. C’est trois fois plus que le nombre de victimes de la guerre de la drogue, qui était terriblement violente à l’époque.

Malgré si les énormes frais engendrés par la malbouffe, personne ne peut obliger les gens à bien s’alimenter ni forcer les compagnies à produire de la nourriture saine. La solution, croit Hank Cardello, est de prouver aux géants de l’alimentation qu’ils augmenteraient leurs profits en diminuant les calories. «Les gens tiennent à leur cola et à leurs croustilles. Il ne faut pas retirer ces produits du marché, mais en introduire de nouveaux, plus santé.»

Crise d’obésité

Mike Lean, professeur de nutrition humaine à l’Université de Glasgow: «Les politiciens ont peur»
L’obésité est une maladie, et c’est une maladie terrible pour les gens qui en souffrent. Le problème n’est pas seulement lié à l’apparence : il concerne surtout les maladies débilitantes comme le diabète.

L’obésité ne peut plus se traiter aujourd’hui. L’Organisation mondiale de la santé parle d’une épidémie mondiale, ce qui signifie qu’elle est désormais hors de contrôle. Nous devons miser sur la prévention, et les gouvernements doivent prendre les choses en main. La façon d’intervenir, c’est de limiter le nombre de calories consommé par chaque personne, comme les restrictions imposées sur l’usage du tabac.

Je me souviens de l’époque où les cigarettes étaient distribuées gratuitement au cinéma. Il ne fait aucun doute que le tabagisme a diminué grâce aux efforts des gouvernements. Les politi-ciens sont conscients qu’il y a une crise de l’obésité, mais ils ont peur de s’attaquer à l’industrie alimentaire.

Série «Obésité»

  • Mardi: L’obésité, nouvel ennemi de l’armée américaine
  • Mercredi : De la malbouffe comme de la haute cuisine : entrevue avec le chef  Ricardo Zarate

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