In Libro Veritas

Mon ami Louis

Mon ami Louis

J’ai envie de te parler de mon ami Louis, un gars sympathique comme t’en as assurément jamais vu dans ta vie. Né en France, Louis a toujours eu un rêve un peu fou, léger hors norme à l’époque: venir vivre ici même, au Québec. Les grands espaces, la nature, l’aspect relax. Amoureux de pêche, le jeune Louis piaffe (le verbe, pas Édith) à l’idée de pouvoir un jour traverser l’Atlantique et faire de la Nouvelle-France son petit paradis, son eldorado.

À l’âge de 21 ans, la première étape est franchie: acceptation à l’Université de Sherbrooke, où il pourra faire sa troisième année d’étude en informatique, formation amorcée dans l’Hexagone. Opiniâtre et armé de bonne volonté, Louis obéit à toutes les règles possibles et imaginables afin d’atteindre, enfin, l’objectif tant souhaité: l’obtention d’un CAQ (certificat d’acceptation du Québec) et d’un permis d’étude valide pour un an. Victoire.

Dès qu’il met les pieds en sol québécois, un beau jour d’août 2015, le coup de foudre tant anticipé se réalise, comme ça, par magie. Vu sa nature affable, Louis devient rapidement le Français le plus populaire du coin. Les rencontres et amis s’accumulent. Il met ensuite son plan à exécution et obtient une extension de son CAQ (cet acronyme est d’une ironie absolue) et permis d’étude. Son amour du Québec est irrésistible, viscéral. Symbiotique, aussi. Parce que le Québec le lui rend bien. Intégré comme pas un, il trouve en claquant des doigts toutes sortes de boulots qui lui assurent de payer, sans problème, ses factures: restauration, mannequin, styliste et tutti quanti.

Diplômé, il obtient ensuite un permis post-diplôme lui assurant de travailler ici en attendant le fameux certificat de sélection du Québec (CSQ), lequel lui permettra éventuellement de mettre sur la main sur la résidence permanente, gage de la stabilité souhaitée. Bien qu’il se soit plié à toutes les exigences possibles et imaginables, dont un charmant et onéreux test de français (!), le truc tarde. Stressé, il communique avec un agent d’immigration, lequel lui dit de prendre son mal en patience, que même si son permis est expiré depuis mars 2018, la légalité de sa présence sur le territoire est implicite. Fort bien.

Février 2019: le monde de Louis s’effondre. Au propre comme au figuré.

Simon Jolin-Barette, ministre de l’Immigration ayant promis de réduire arbitrairement les seuils de celle-ci, en pleine crise de la main-d’œuvre, indique que les 18 000 dossiers de CSQ déposés avant août 2018 vont prendre le chemin des poubelles. Que ces bonnes gens rentrent chez eux ou procèdent à de nouvelles demandes. Trop tard pour Louis: sans CSQ et sans permis de travail, son statut est celui de l’illégalité. Il est sommé de quitter le pays. Le sien. Celui de ses amours trouvées. De son espoir. De sa sœur venue le retrouver depuis. De son avenir. De sa blonde, aussi.

Après quatre ans au Québec­, mon ami Louis a été traité cavalièrement, sans humanité. Avec toute la froideur et cruauté d’une bureaucratie et d’un ministre sans pitié.

Parce que, derrière un numéro de dossier, une vie humaine a basculé dans le néant, la tristesse et la douleur. En embarquant dans l’avion, samedi dernier, Louis n’a pu réprimer les mots suivants: «Le Québec m’a fait rêver, mais le Québec vient de me briser.»

Commentaires 11

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Marina Promies

    Merci d’ecrire cet article concernant et pour Lou. C’est très important que tout le monde est au courant de ce qui c’est passé à lui! Je suis une de ses bonnes amies

  • Un autre Français

    Votre histoire sonne faux.
    Je suis moi aussi Français, et j’ai un parcours similaire à votre ami imaginaire Louis: Je suis venu de France finir mes études, j’ai donc du faire des demandes de CAQ et permis d’étude. Puis, une fois mon diplome en poche, j’ai aussi un permis post-diplome, et j’ai fait les démarche pour le CSQ puis la résidence permanente.
    Là où votre histoire sonne faux, c’est que le CSQ, c’est 21 jours ouvrables pour l’obtenir, avec le programme « Experience Québecoise ». Et ce Louis, s’il existe, avec un diplome Quebecois, doit passer par le programme « Experience Québecoise » pour faire sa demande de CSQ.
    Donc c’est tout simplement impossible qu’avec une demande de CSQ avant mars 2018, il n’ai toujours pas eu son CSQ en février 2019.
    De plus, pour précision, le permis post-diplome est un permis égale à la durée des études effectuées au Québec pour l’obtention du diplome, plafonné à 3 ans. Louis a eu un permis post-diplome d’au moins 1 an… Il avait au moins 1 an pour faire les démarches pour son CSQ, avant expiration de son permis post-diplome en mars 2018. Normalement il aurait eu son CSQ bien avant expiration de son permis.

    Donc d’un point de vu d’un imigré Français étant passé par toutes ces étapes, votre histoire semble une invention pour essayer de faire un point sur la CAQ.
    Mais, c’est peut-être aussi l’histoire vraie d’un Français VRAIMENT pas à son affaire, qui n’a pas remplis les dossiers qu’il fallait, quand il fallait et qui maintenant se plain de son sort alors qu’il est l’unique responsable de sa situation.

    • Léna Anastasie

      Décidément cela semble difficile de laisser un pseudo clair et net pour vous identifier. Mais bon, sans doute de la lâcheté. Votre parcours me semble imaginaire car il est impossible que ce soit aussi parfait, ce que vous décrivez est simplement le procedure que l’immigration Donne pour exemple et qui est rarement aussi facile. Nous avons consulté énormément d’avocats qui nous ont confirmé que beaucoup de personnes rencontraient les mêmes problèmes que Louis. Alors qui que vous soyez respectez la situation de mon frère qui rencontre de vraies difficultés et si vous ne croyez pas son histoire c’est votre problème, casser les gens comme vous le faites est vraiment triste au lieu de les encourager et de les soutenir dans leurs difficultés. Ça suffit de croire qu’il y a une théorie du complot contre la CAQ et de ne pas admettre qu’il y a eu des ratés dans les dossiers de CSQ. Soyez humain. Si vous étiez un immigrant français comme vous le prétendez vous seriez plus dans la solidarité que dans la volonté de contredire des faits. Votre témoignage semble, pour le coup, monté de toute pièce.

    • Shad Hamid

      Je pense que c’est un total manque de respect d’insinuer que F Berard aurait pu inventer une telle histoire. Inventer une histoire pareille avec autant de détails précis relèverait d’un génie fou et dans quel intérêt? La situation qu’il décrit est fort probable. J’ai fait moi-même le parcours migratoire en commençant par les études. Il y ‘a bien des dossiers qui sont traités avec des délais déraisonnables au delà de ce qui est prévu. Il suffit de faire une petite erreur dans ton formulaire pour te retrouver dans le cycle infernal des détails. L’autre possibilité est que le gars a oublié d’envoyer son dossier très tôt au début de son permis post-diplôme. Dans tous les cas, la décision de la CAQ d’arrêter le traitement des dossiers a pu nuire à son parcours. Il est juste tomber dans une zone de mauvais timing par sa négligence ou pas. Tout le monde peut traîner dans ses demandes car tu ne peux jamais imaginer qu’un gouvernement sérieux peut refuser d’honorer ses engagements du jour au lendemain comme Québec l’a fait. C’est subit, c’est brutal et inhumain.

    • andre boivin

      et si c est toi qui etais faux !!!

    • Jean

      MERCI! Mon dieu que les Français se plaisent à faire leurs victimes! Ma conjointe est Française, avec une histoire similaire et effectivement l’ami imaginaire n’était surement pas à ses affaires. Comme plusieurs autres français et leurs demandes d’ailleurs.

    • Ren

      @Un autre Français
      Bravo pour votre parcours, votre courage et votre connaissance de la démarche immigrationnelle. Rien n’est facile. Il suffit de la volonté. La valeur des choses se mesure à l’effort pour les obtenir.

  • Jean-David Pelletier

    Excellent texte

  • Ren

    Si Louis aime le Québec et tient mordicus à y vivre, il procèdera certainement à une nouvelle demande à l’immigration.

  • jl Chueng H.H

    Il y a quatre sortes d’amis qui sont appelés les amis au cœur sincère: celui qui reste semblable dans la prospérité et dans l’infortune, celui qui donne un bon conseil, celui qui a une sympathie réelle.

    A louis

    l’indifférence reste la pire des attitudes!

    La différence entre un Politicien et L’homme d’état est la suivante: le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération.

    Merci a toi Frédéric.

Articles similaires