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Vol de dépliant et manifestation  

CHRONIQUE – Avouons-le d’emblée, on est loin du chic. Prise les culottes baissées, dirait l’autre. La seule et unique fois de la campagne? D’aucuns seraient, selon le jeu des probabilités, naïfs de le croire. Les excuses transmises, restait à déguerpir. Je riais, hier soir, en imaginant des centaines de candidats en train de faire la liste mentale des péchés commis depuis la maternelle. Tousse, tousse.

La déferlante de haine, clouage au pilori et autres lynchages auraient, cela dit, laissé croire à un truc plus gravissime. Non pas que le larcin soit insignifiant ni non condamnable. Seulement que dans la hiérarchie des fautes impardonnables, disons qu’on ne déchire pas les sommets, ici. En comparaison, du moins, à nombre d’autres comportements sinon passés sous silence, au moins étouffés ipso facto dans l’oubli de la vindicte populaire. Notre indignation collective est-elle, en d’autres termes, justement proportionnelle à l’immoralité de la frasque? Permis d’en douter. 

Qu’est-ce qui est plus grave, par exemple, entre la subtilisation d’un dépliant et… l’absence, à répétition, de taxes payées, comme dans le cas Duhaime? 

Des vidéos de candidats sauce coucou, genre un Yves Beaulieu publiant fièrement une vidéo dont le script ne peut être reproduit dans un journal sérieux? 

Des condamnations multiples et sévères par le Commissaire à l’éthique, comme dans le cas Fitzgibbon? 

Des magistrales tapes de la Cour supérieure sur les doigts d’un ministre interpellé personnellement pour violations constantes de l’État de droit, comme dans le cas Jolin-Barrette? 

En bref, alors que certains agissements en appellent, sans ambages, à la peine de mort politique, d’autres, plus impérieux, passent comme lettre à la poste. L’existence est absurde, disait Camus. Idem pour le châtiment. 

Et au-delà des caractéristiques ou comportements perso de nos politiciens, qu’en est-il de notre degré de tolérance quant aux mesures publiques, délétères, adoptées? Quand même comique, ici encore, de constater le fossé, côté jugement populaire, entre un vol de dépliant et diverses politiques assassines. Pensons, au premier chef, lutte au réchauffement climatique. 

Plusieurs, pour reprendre l’idée ci-dessus, se sont scandalisés du fait que quelques candidats caquistes, les ministres Charette et Fitzgibbon inclus, aient dû quitter la manif de la semaine dernière. Sitôt en retrait, Charette sommait manu militari GND de «condamner la violence et l’intimidation des jeunes», comme si ces derniers ne pouvaient être que d’allégeance solidaire, obligatoirement téléguidés par le Che Guevara de 2012. 

Euh… comment dire? Que d’abord, que de se faire dire des gros mots, genre «bouuuuuuuhhh… décalissez, la CAQ!!», est probablement désagréable, mais relève indubitablement de la liberté d’expression. Qu’ensuite, si l’on cherche la véritable violence, celle-ci réside davantage dans l’idée de ruiner les espoirs des générations futures en refusant l’urgence climatique, et d’aller néanmoins se téter des votes dans leur manif. Que troisièmement: qu’est-ce que vous foutiez là, les ministres caquistes?

D’aucuns, à ce dernier effet, répliqueront ceci: oui, mais il faut inclure TOUT LE MONDE. Suis désolé, mais non. Parce qu’une manif sur l’urgence climatique, essentiellement, consiste principalement à faire le procès de nos gouvernements, dont le refus d’agir nous traînera droit au tombeau. 

En bref, qu’est-ce qu’il fout là, Charette? N’est-ce pas celui qui nous a juré, solennellement, qu’il «était impossible d’en faire plus, côté GES»? N’est-ce pas celui qui défend, bec et ongles, un projet de 3e lien ayant pour effet de garrocher 50 000, 60 000 chars de plus, quotidiennement, dans nos trafics? Sa réalisation principale? La consigne de bouteilles. Niaise-nous donc. 

Quant à Fitzgibbon, soit celui qui affirmait récemment que «personne n’allait mourir» des taux anormalement élevés de nickel en Abitibi, donnons-lui le bénéfice du doute: il s’est probablement trompé de manif, ou encore perdu en chemin, direction Chambre de commerce. 

Dit autrement, un gouvernement caquiste dans une manif pro-climat, c’est un peu comme le colonel Sanders dans un regroupement de poulets pro-liberté, ou encore Gilbert Rozon dans un rassemblement contre les violences sexuelles. Creepy, hypocrite et mal venu. 

Mais bon. Pas grave. On doit inclure tous et chacun. En autant qu’il ne pique pas de dépliants, bien entendu. 

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