Nicolas Cantin : né pour être sauvage
Avec la présentation de Trois romances, une trilogie qui regroupe deux anciennes créations et une nouvelle, Nicolas Cantin, metteur en scène, improvisateur et autoproclamé artiste sauvage, voit «un fantasme se réaliser».
Nicolas Cantin décrit ses créations, «très instinctives», comme des pièces où la notion de désastre, de catastrophe, est toujours très présente. «Ce sont des spectacles après l’accident, dit-il. Quand les personnes sont sonnées et qu’elles attendent les secours»… mais que les secours, eux, tardent à arriver.
Événement assez rare, l’Usine C (re)présente deux anciennes créations de l’atypique artiste, Grand singe et Belle Manière, et sa toute dernière, Mygale, en pièces détachées ou les trois coup sur coup. Il nous en parle.
Vous avez regroupé vos pièces sous le titre Trois romances. Seriez-vous, secrètement, un romantique?
J’ai appelé ça ainsi avec un sourire en coin et un peu d’ironie. Comme mes shows ont une certaine brutalité et une certaine crudité, ça me faisait rire de les nommer comme ça! Ceci dit, je trouve quand même que, dans le désespoir, il y a quelque chose de romantique.
Bien que vous baigniez aussi dans la danse, vous ne vous décrivez pas comme un chorégraphe. Vous dites ne «jamais chercher la danse». Qu’est-ce que vous cherchez?
C’est presque prétentieux de le dire, mais je cherche l’être humain. Une vérité que je peux vivre dans mon intimité et que je peux transposer sur scène. C’est impossible, mais j’essaye.
Impossible pourquoi?
Par moments, j’y arrive; mais y toucher comme je voudrais, c’est une quête du Graal. C’est pour cela que je suis content de présenter ces trois pièces ensemble. Car j’ai l’impression que chacune d’elles est une tentative d’y arriver. Et c’est aussi touchant pour moi de voir, avec du recul, que chaque pièce traite de la même chose, mais suivant un angle différent.
Ce désir de tendre vers l’intime, il vous vient d’où?
J’aime beaucoup la notion de travail de l’inconscience. C’est pour ça que j’aime des artistes comme David Lynch. Le travail, pour moi, ce n’est pas de s’adresser au conscient du spectateur, mais plus à son inconscient. Ce qu’il y a derrière le masque m’obsède.
Vous faites beaucoup travailler vos spectateurs; vous les obligez à être actifs. Vous-même, lorsque vous voyez un show, est-ce quelque chose que vous aimez, être très sollicité?
Ah oui! Mes goûts ont changé au fil du temps, mais depuis plusieurs années, j’aime les artistes qui me font vraiment travailler.
J’ai d’ailleurs l’impression que le véritable spectacle, c’est dans la tête du spectateur qu’il se fait. Pour moi, un bon spectacle, c’en est un qui me déplace. Pas physiquement, mais à l’intérieur de ma tête. Cette dimension est fondamentale. Malheureusement, elle se fait rare. On migre de plus en plus de l’art vers la culture. L’art en tant que tel, on n’en parle plus beaucoup. Heureusement, certains artistes un peu sauvages résistent.
Vous voyez-vous comme un de ces artistes sauvages?
Je pense que oui. J’ai quelque chose en moi que j’essaye de tenir irrité. J’essaye de rester vivant, critique et sauvage. Je pense que c’est important. Parce qu’on peut vite devenir domestiqué.
Cette irritation vous pousse à créer?
Oh oui, si je ne suis pas énervé, ça ne marche pas. Me garder actif et énervé, c’est ça qui va produire quelque chose.
Pour expliquer votre travail, vous dites parfois : «Je fais ce que je peux.» Diriez-vous aussi : «Je fais ce que je veux»?
J’essaye! (Rires) Ces trois spectacles, ce ne sont pas des commandes. C’est ma vision, mes obsessions, avec tout ce que ça comporte de défauts et de qualités, mais ce sont des objets qui existent parce qu’ils veulent vraiment exister. Comme ça et pas autrement.
Trois romances
À l’Usine C
Jusqu’au 11 novembre