Kathleen: Ça va mieux
Il y a quelques années, Kathleen ne voulait pas chanter Ça va bien. «Je ne voulais rien savoir parce que ça me faisait trop mal», dit-elle, attablée dans un petit café du quartier Outremont.
Après avoir goûté au succès au début de la décennie 1990 avec une pop enjouée qui tournait sans arrêt sur les radios commerciales, la jeune Gaspésienne a connu plusieurs déceptions professionnelles, disparaissant du paysage musical au même moment où des émissions comme Piment fort s’amusaient à la ridiculiser.
Après avoir pris le temps de panser ses plaies et de rebâtir se confiance en elle, Kathleen se dit maintenant prête à revisiter le passé. C’est d’ailleurs ce qu’elle fera sur la scène du Club Soda ce soir dans le cadre du concert-bénéfice Souvenirs retrouvés 2, dont elle partage l’affiche avec Joe Bocan, Marie Carmen, Johanne Blouin, Les Colocs, The Box et Dubmatique.
Nous nous sommes entretenus avec Kathleen.
Regardes-tu souvent en arrière?
Pendant longtemps, j’ai regardé en arrière. Maintenant, je regarde en avant. J’ai beaucoup essayé de comprendre pourquoi quoi… J’ai dû faire un cheminement intérieur. Mais à un certain point, il faut laisser les choses être. Il faut lâcher prise. Parce que, si on reste dans le passé, on n’avance plus.
Ressens-tu encore de la frustration quand tu penses à ce qui t’est arrivé?
Plus maintenant, mais j’ai ressenti de la colère, une immense peine, un grand sentiment d’injustice et d’impuissance. J’ai tout vécu ça.
Aujourd’hui, te sens-tu plus forte face à ce que pensent les autres?
Oui. Sinon, je ne serais plus là. Je serais morte. Mais j’ai décidé de vivre. Quand tu as l’impression de renaître de te cendres, il y a moins de choses qui t’ébranlent. Cela dit, je n’ai pas perdu ma sensibilité. L’empathie envers les gens, je ne l’ai jamais perdue.
Quand tu penses au début des années 1990, qu’est-ce qui te fait le plus sourire?
Comment c’était donc important pour moi de plaire. J’étais beaucoup dans la séduction. J’étais beaucoup dans le «Il faut qu’on m’aime; il faut que je sorte d’ici et qu’on m’ait aimée.» Mais je crois que c’était normal : à 20 ans, on vit beaucoup dans le regard des autres. Ça me fait sourire de voir combien c’était important pour moi de plaire.
Quelle est la différence entre la pop actuelle et celle du début des années 1990?
Je trouve que la pop actuelle est encore plus jetable qu’avant. Mais ça a toujours été comme ça : un réalisateur arrive avec un nouveau son, et tout le monde se garroche. À l’époque, c’était Jean-Pierre Isaac : il a fait mon album, mais aussi celui de Mitsou, de Francis Martin, des B.B…
De quoi es-tu la plus fière quand tu penses à cette période?
Je suis arrivée en plein ère du vidéoclip, avec Mistou et Julie Masse. C’était tout nouveau au Québec. On n’avait jamais vu ça, une fille nue assise derrière une chaise assumer totalement ce qu’elle faisait [N.D.L.R. : référence au clip Dis-moi, dis-moi de Mitsou]. On n’avait jamais vu ça, une fille se dandiner et se rouler par terre dans des tissus [N.D.L.R. : référence au clip de Où aller]. C’était dérangeant. J’avais l’impression de défricher un terrain qui n’avait pas été exploité, de contribuer à quelque chose de nouveau.
Est-ce que ça donnait plus de munitions aux critiques?
Oui. Le côté moins le fun, c’est que tu passes pour quelqu’un qui est juste une image. Je ne suis pas arrivée en grattant une guitare avec des sandales en cuir… Cela dit, j’aime bien les sandales en cuir!
Souvenirs retrouvés 2
Au Club Soda
Ce soir à 20 h