La dette, une première fiction pour Rafael Lewandowski
Après avoir réalisé plusieurs documentaires, le cinéaste franco-polonais Rafael Lewandowski a choisi la voie de la fiction teintée de réalité pour La dette, en salle vendredi.
Pendant longtemps, Zygmunt (Marian Dziedziel) a été perçu par ses pairs comme un héros. Mais 20 ans après la fin du régime communiste, les accusations se mettent à fuser. Ce membre phare du syndicat Solidarność aurait en fait été une taupe, à la solde du gouvernement. Son fils Pawel (Borys Szyc) commence par rire de ces insinuations. Et puis, devant le stoïcisme de son père, le doute s’installe. Chez lui, chez son amoureuse… Dans La dette, Rafael Lewandowski nous plonge dans la Pologne actuelle qui, malgré son désir de le mettre derrière elle, ne peut se séparer de son passé. Entretien avec le cinéaste établi à Varsovie.
Vous avez affirmé avoir tourné La dette en réaction à la douleur que vous ressentez de voir que, de nos jours, les Polonais se scindent de nouveau autour du passé. Est-ce que la réalisation de ce film vous a fait du bien?
Ce qui m’a fait du bien, c’est que le film rencontre le public. J’avais peur que ce ne soit pas le cas! Il y a eu beaucoup de débats, et je me suis rendu compte à quel point les gens étaient satisfaits de pouvoir en parler. Jusqu’à présent, tous les films qui abordaient les questions politiques étaient partisans, ce qui n’est pas le cas du mien. Pour moi, le plus important, c’est de rappeler que les gens qui sont aujourd’hui accusés d’avoir été des traitres, ce sont des gens qui ont été pris au piège. Ils ont été victimes d’un système non démocratique; la perversité de ces systèmes consiste à mettre en place un climat de répression qui fait en sorte que l’individu n’a plus la possibilité de refuser.
La relation entre Pawel, le fils, et sa femme est extrêmement passionnelle. C’était important d’instaurer une relation aussi amoureuse pour montrer que les accusations ébranlent même les liens les plus forts?
Oui, mais ce n’est pas seulement l’amour entre des époux qu’elles rongent; c’est aussi l’amour entre un père et un fils. Et c’était primordial pour moi de le montrer.
On sent dans votre film la scission entre ceux qui ont émigré et ceux qui sont restés en Pologne. En tant que cinéaste avec une double nationalité, c’est un thème qui vous touche particulièrement?
Bien sûr. Je suis né en France, j’habite en Pologne. J’ai bien connu ces climats et les fêtes un peu décalées organisées par les émigrants à l’étranger [qui sont représentées dans le film]. Souvent, les milieux de l’immigration entretiennent un lien avec leur pays d’origine plus par le folklore que par la réalité; forcément, il y a un décalage qui s’opère entre ce qu’ils croient et ce qui se passe dans le pays.
L’histoire se déroule en hiver. Était-ce un choix qui s’imposait pour rappeler le climat austère qui régnait dans la Pologne communiste?
Non! J’avais même prévu, en réaction à l’image habituelle de la Pologne sous la neige, faire un film qui se passe l’été! (Rires) Mais, pour des histoires de production, on a dû décaler le tournage et tourner au cours d’un des hivers les plus rudes que le pays ait connus! Finalement, je crois que le fait que ça se passe dans la neige, ç’a ajouté de la tension. J’en suis content, car inconsciemment, on associe davantage la répression communiste à l’hiver qu’à l’été.
L’image du sang sur la neige, c’est un clin d’œil au drapeau polonais? Aux couleurs de Solidarność?
Quand on écrit, au bout d’un moment, le scénario commence à être suffisamment solide pour qu’on se mette à créer des clins d’œil qui font que tout a un sens! Le sang sur la neige par exemple. Ou encore, les vêtements dont le père et le fils font le trafic. Symboliquement, les vêtements ont déjà été portés par quelqu’un, ils ont leur histoire… comme le pays. Le film, au bout d’un moment, acquiert sa propre logique!