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La campagne électorale dans Crémazie analysée

Fabien Jean-Simon - TC Media
Pour sa dernière parution avant le scrutin provincial du 4 septembre, le Courrier propose à ses lecteurs une entrevue avec le chroniqueur politique du quotidien Le Devoir, Michel David. Résident d’Ahuntsic, M. David a commenté la campagne des candidats de Crémazie.

« La campagne au national va certainement donner le ton aux résultats dans Crémazie. La qualité des candidats locaux compte dans une proportion relativement marginale dans une campagne électorale, même si j’estime que sur le plan des équipes des partis, cette élection peut être considérée comme une bonne cuvée! Toutefois, il n’y a pas de certitude, un candidat de renom peut se faire lessiver par un illustre inconnu, suffit juste qu’il y ait une vague! »

Justement, le fait que Maria Mourani a été rare députée bloquiste à conserver son poste après la vague « orange » du scrutin fédéral du 2 mai 2011 fait croire à Michel David que les chances du Parti québécois sont bonnes dans Crémazie pour remporter la victoire. « Crémazie est un bon comté: on y dénombre environ 70 % de francophones et 30 % de non francophones, peu d’anglophones, surtout des allophones. Le fait que Mme Mourani ait conservé son poste à Ottawa prouve que la base souverainiste du secteur est intéressante pour les troupes péquistes dans Crémazie, bases qui seront suffisantes pour faire élire Diane De Courcy », croit-il.

« Il est certain Mme De Courcy est une candidate vedette qui a d’excellentes chances d’être éventuellement ministre – à plus fortes raisons si Nicolas Girard se fait battre dans Gouin. S’il avait fallu que le Parti québécois soit dans la même posture qu’en 2007, probablement que son élection aurait été plus ardue. De toute façon, Mme De Courcy a bien calculé ses chances parce qu’elle a quitté un poste important (présidence de la Commission scolaire de Montréal) pour faire le saut en politique. Il est clair qu’elle ne se présente pas pour aller se faire battre ou pour aller s’installer sur une banquette de l’opposition: elle veut être au pouvoir, elle veut être ministre et elle a de bonnes chances de l’être. »

Concernant la candidate libérale, M. David croit qu’il est difficile pour tous les troupes de Jean Charest de faire campagne dans un climat de mécontentement. « Eleni Bakopanos, d’après ce que je comprends, n’est pas très présente dans le comté, bien que j’imagine qu’elle fait du porte-à-porte, mais ne participe pas aux débats. Son plan de campagne doit donc se résumer à ne pas s’exposer à des déconvenues: c’est toujours plus sûr de faire du porte-à-porte. Toutefois à sa défense, ce n’est pas une campagne facile pour les libéraux. Il ne faut pas oublier que Mme Bakopanos, sans avoir fait partie du gouvernement Charest, a sur ses épaules le poids de neuf ans de régime libéral. En plus, n’oublions pas que ce n’est pas toujours facile de passer du fédéral au provincial. Bien que le parti a souvent fait de bons scores dans la circonscription, je crois tout de même Mme Bakopanos devrait terminer deuxième. »

« Pour ce qui est de Carla El-Ghandour candidate de la Coalition avenir Québec, il semble qu’elle n’ait pas encore laissé sa marque en politique, ce qui est en général le cas pour les portes-couleurs du parti sur l’île de Montréal. Bien honnêtement, la CAQ n’est pas de la partie dans Crémazie. Malgré l’expérience de la candidate, ce n’est pas ici que François Legault joue ses élections. »

André Frappier pour sa part, est bien connu des Ahuntsicois: il est en déjà à sa troisième campagne. « Militant syndical de qualité, lui qui a travaillé au syndicat des postes canadiennes pendant de longues années et qui a à son actif des publications intéressantes, mais Crémazie n’est pas un comté « naturel » pour Québec solidaire comme le sont les autres circonscriptions de « la ligne orange » comme Mercier, Gouin et dans une certaine mesure, Laurier-Dorion. Ici, le parti devra encore percer. »

Division du vote des jeunes?

« Québec solidaire et Option nationale sont des formations qui comptent sur une base militante assez jeune dans le comté. Ces deux formations diviseront en partie le vote de la jeunesse, mais je prévois que le PQ attirera quelques nouveaux électeurs. De toute façon, l’avance de Mme De Courcy devrait être suffisamment forte pour compenser une division du vote des troupes souverainistes. »

Selon les chiffres compilés par le Directeur général des élections du Québec, l’âge moyen dans Crémazie est d’ailleurs légèrement plus élevé que la moyenne québécoise, ce qui minimise quelque peu l’impact électoral de la jeunesse. L’âge moyen dans le comté étant de 41,9 alors qu’il se chiffre à 39,1 pour la moyenne provinciale (selon les chiffres du recensement de 2006).

« Au national, j’ai été frappé de voir que 11 % des 18-24 ans voteraient Option nationale, un parti qui représente environ 3 % des intentions de vote. Au moment du congrès de fondation du parti, j’avais alors été impressionné, oui par la jeunesse de l’équipe de Jean-martin Aussant, mais aussi de la qualité des candidats et des interventions. Ici dans Crémazie, Yanek Lauzière-Fillion est un de ces bons candidats d’ON, c’est le vice-président du parti après tout. »

Il ne faut pas oublier que le dynamisme du mouvement des casseroles dans Ahuntsic a été un terreau fertile pour diffuser les idées de QS et d’ON dans le comté, estime le chroniqueur.

Pour ce qui est des résultats de l’élection générale, M. David est plus nuancé. « Je crois que nous aurons à Québec un gouvernement minoritaire péquiste, mais encore faut-il voir de quelle manière les formations pourront-elles faire sortir le vote. N’oublions pas non plus que les sondages tendent à sous-estimer le vote libéral et surestimer l’appui au PQ. Aussi, ces sondages supposent que tous les citoyens exercent leur droit, mais bref, ce sera une soirée électorale excitante », conclut-il.

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