Actulocal verdun
16:20 23 décembre 2015 | mise à jour le: 23 décembre 2015 à 16:20

Avoir 20 ans en 2015: un Verdunois autour du monde

Avoir 20 ans en 2015: un Verdunois autour du monde
Photo: Collaboration spéciale

Le jeune Verdunois de 21 ans, Alexis Curodeau-Coderre,  a vécu ce que très peu de personnes auront l’occasion de voir dans toute une vie. Depuis 2010, avec le célèbre dramaturge Wajdi Mouawad, il est parti à la découverte du monde, des autres et de lui-même.

Alexis parvient encore difficilement à exprimer sa reconnaissance à l’homme de théâtre, qu’il ne connaissait que de nom à l’époque, devant la chance inouïe qui lui a été offerte.

«J’ai pu lire les traces du passé à Athènes, apprendre à écrire à Lyon, être confronté au beau et à l’horreur absolue à Auschwitz, danser sans contrainte au Sénégal et me perdre dans l’immensité de l’Islande», souligne le jeune homme.

Wajdi Mouawad  a vu dans la candeur propre à l’adolescence un potentiel énorme. C’est pourquoi il a lancé Avoir vingt ans en 2015, un projet de médiation culturelle qui permettait à 50 jeunes de la francophonie, dont 10 Montréalais, de voyager aux quatre coins de la planète, et ce, gratuitement.

Alexis était loin de se douter que sa vie allait basculer lorsqu’il a envoyé une vidéo pour poser sa candidature au projet, affiché discrètement sur un babillard de son école secondaire.

«Au départ, on voyait tous Wajdi comme un Dieu. Est-ce qu’il sera avec nous dans l’avion? Est-ce qu’on pourra échanger avec lui? Finalement, chaque année, il a pris le temps de voyager pour visiter et passer du temps avec chacun d’entre nous, et stimuler notre réflexion sur les voyages et les découvertes que nous y avions faites.»

Cinq voyages, cinq objectifs
Chaque été pendant cinq ans, Mouawad a amené les adolescents provenant de Nantes, Namur, l’Île de La Réunion, Monk et Montréal pendant une semaine dans une destination choisie selon un apprentissage particulier qu’il souhaitait inculquer aux participants: lire, écrire, compter, parler et penser.

Le reste de l’année, il leur a aussi ouvert toutes grandes les portes de la frénésie culturelle de leur ville respective, les entraînant dans des sorties au musée, au théâtre et à l’opéra, entre autres.

«Wajdi a voulu nous faire cadeau d’une aventure qui nous ferait grandir, nous faire devenir des êtres humains plus accomplis. Il m’a dit un jour qu’il souhaitait nous amener dans un périple qui nous permettrait de conserver la candeur et la magie de la jeunesse en nous, même en passant à l’âge adulte.»

Alexis en est ressorti grandi, avec des souvenirs imprimés dans sa mémoire et son cœur, tout en façonnant des amitiés éternelles fondées dans l’intensité d’un moment.

«En 2013, nous avons roulé 48 heures en autobus, de Paris à Cracovie, en route vers les camps de concentration. J’y voyais un parallèle avec les trains de la mort. Je me souviens que, dans toute notre jeunesse et notre insouciance, nous sentions une pression de ressentir les choses. Nous ne savions pas comment réagir.»

Après une semaine à visiter des musées de la Shoah et des ghettos, le voyage s’est conclu avec un passage à Auschwitz et Birkenau.

«Devant nous s’étendaient un immense champ et des cheminées de pierre à perte de vue. Le soleil se couchait. C’était magnifique. J’ai écouté une Nocturne de Chopin. J’avais devant mes yeux la perspective de cette souffrance qui vibrait avec le ton orangé du ciel et le petit chat qui jouait dans les herbes hautes, là où 60 ans auparavant, des êtres humains se faisaient cruellement assassiner. J’ai compris qu’il fallait contempler la douleur pour pouvoir vivre dans la légèreté.»

Il hoche la tête en signe de dénégation lorsqu’on l’interroge sur l’influence qu’a eue le projet.

«Je ne sais pas comment j’aurais évolué autrement. Ce que je peux dire, c’est que Wajdi a allumé une étincelle en chacun de nous. Je suis maintenant envahi par le désir de découvrir le monde et de créer le plus longtemps possible.»

Difficile de dire, donc, quelles sont les retombées de l’entreprise de Wajdi Mouawad. Il aura au moins permis à un jeune adolescent la chance de devenir un adulte qui n’a pas peur de rêver.