Montréal
05:00 22 octobre 2020 | mise à jour le: 22 octobre 2020 à 07:14 temps de lecture: 5 minutes

SPVM: des groupes demandent davantage de policiers autochtones et arabes

SPVM: des groupes demandent davantage de policiers autochtones et arabes
Photo: Josie Desmarais/MétroDes policiers du SPVM.

Des organismes pressent le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) d’embaucher plus d’agents autochtones et arabes afin de lutter contre le profilage racial, a constaté Métro.

Ces demandes surviennent dans le cadre de la consultation publique portant sur la nouvelle politique concernant les interpellations policières du SPVM, présentée aux médias le 8 juillet. En octobre 2019, un rapport d’experts démontrait que les personnes arabes, autochtones et noires ont beaucoup plus de risques d’avoir à s’identifier auprès des forces de l’ordre que les personnes blanches à Montréal, signe de biais systémiques dans les interventions du SPVM.

Concernant les Autochtones, précisément, les interpellations à leur égard ont grimpé de presque sept fois de 2014 à 2017. Le rapport constate par ailleurs que les femmes autochtones sont 11 fois plus à risque de subir des interpellations policières que les femmes blanches. Une situation dénoncée par l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL).

«Tout mauvais traitement et toute prestation de services guidés par le racisme, les préjugés et les stéréotypes envers les femmes autochtones en particulier doivent cesser», martèle l’organisation dans un mémoire mis en ligne sur le site de la Commission de la sécurité publique (CSP). Le document rappelle d’ailleurs l’intervention musclée dénoncée en mai par des agents du SPVM auprès d’une femme crie en détresse psychologique qui se trouvait au square Cabot.

Policiers autochtones

L’APNQL presse donc le corps de police de recruter davantage d’Autochtones dans ses rangs, tant à titre de policiers que d’agents de liaison, le tout afin de contribuer à mettre fin à «l’extrême méfiance des membres des Premières Nations» à l’égard du SPVM. Une demande qui survient alors que la population autochtone a plus que doublé dans l’agglomération de Montréal entre 2001 et 2016, selon des données de la Ville.

«La raison pourquoi nous soulignons l’importance d’avoir des policiers autochtones à Montréal, c’est parce qu’ils comprennent les enjeux des Premières Nations et peuvent briser la barrière de la langue», souligne à Métro la grande cheffe Verna Polson, qui est aussi porte-parole du Conseil des femmes élues de l’APNQL. Elle propose aussi de former les policiers aux réalités des Autochtones demeurant en milieu urbain.

«S’ils ne comprennent pas la culture des Premières Nations, ça va continuer ainsi», ajoute-t-elle en référence aux «abus policiers» des dernières années.

Actuellement, le SPVM compte 33 policiers autochtones permanents, tous grades confondus, sur un total de plus de 4 500 policiers, soit environ 0,7% de l’effectif. Le corps de police compte aussi depuis 2015 un agent dédié aux relations avec les Autochtones.

Plus de policiers arabes

Le SPVM compte par ailleurs environ 8% de policiers issus des minorités visibles. Celles-ci représentent pourtant environ le tiers de la population de l’île de Montréal.

«Une grande partie du travail policier sur le terrain est de nature socio-communautaire. Donc, d’avoir des policiers issus des Autochtones et des minorités visibles pourrait améliorer les opérations de communication et amener à une désescalade dans l’usage de la force», estime le vice-président de la CSP et élu d’Ensemble Montréal, Abdelhaq Sari.

«Il faut donner des exemples aux jeunes [pour les inciter à devenir des policiers]. Or, on le voit très clairement, dans la haute direction du SPVM, ce sont des hommes blancs.»
-Abdelhaq Sari, vice-président de la CSP et élu d’Ensemble Montréal

À l’Association musulmane de Montréal-Nord, on déplore particulièrement le manque de policiers arabes dans les postes de quartier de l’arrondissement. Les Arabes y représentent pourtant environ 23% de la population, par rapport à 7% en moyenne sur l’île, selon les dernières données disponibles.

«Nous considérons en effet que l’absence presque totale de policiers originaires de pays maghrébins dans un quartier comme Montréal-Nord relève de l’anomalie alors que des milliers de Québécois d’origine maghrébine y sont installés», soulève l’organisme dans son mémoire. Une situation que son président presse le SPVM de corriger, en misant sur la sensibilisation.

«Je pense que le SPVM doit lancer des campagnes de recrutement pour un peu équilibrer [son effectif policier]. On est dans une société multi-ethnique et le SPVM doit refléter la société. C’est très important», martèle Abdelaziz Rzik, en entrevue à Métro.

Efforts de recrutement

Rejoint par Métro, le SPVM a souligné avoir augmenté son recrutement auprès des minorités visibles l’an dernier, par rapport à 2018. Il continue d’ailleurs à faire des efforts en ce sens.

«Rappelons que le SPVM s’est engagé dans une démarche d’attraction et d’inclusion de la diversité reposant, entre autres, sur des programmes de recrutement, d’intégration et de formation. De fait, le SPVM dessert la population montréalaise connue pour sa diversité et souhaite recruter des ressources qui reflètent cette réalité», assure un porte-parole.

La CSP devrait déposer son rapport en novembre.

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