Montréal
11:37 16 novembre 2020 | mise à jour le: 16 novembre 2020 à 12:07 temps de lecture: 7 minutes

La diversité, le pari difficile de Projet Montréal

La diversité, le pari difficile de Projet Montréal
Photo: Josie Desmarais/MétroValérie Plante.

Dans une ville aussi cosmopolite que Montréal, le conseil municipal détonne par son homogénéité, alors que les membres des minorités visibles peinent à y tailler leur place. Trois ans jour pour jour après l’assermentation de Valérie Plante comme mairesse, son parti Projet Montréal assure mettre les bouchées doubles pour s’attaquer au manque de diversité. Y arrivera-t-il?

«En 2017, on a gagné le pari de la parité hommes-femmes. Maintenant, on veut s’assurer de faire les mêmes efforts au niveau de la diversité», lance à Métro le président de Projet Montréal, qui occupe ce poste depuis avril, Guedwig Bernier.

L’enjeu est de taille pour le parti de Mme Plante, qui n’a fait élire aux dernières élections municipales aucun candidat membre d’une minorité visible au sein du conseil municipal. En 2019, le parti a recruté Cathy Wong, qui s’était faite élire sous la bannière d’Équipe Denis Coderre deux ans plus tôt. Celle-ci siège maintenant au comité exécutif à titre de responsable de la lutte contre le racisme et la discrimination.

En fait, sur l’ensemble des 65 élus au conseil municipal, quatre sont membres d’une minorité visible. En plus de Mme Wong, on compte trois élus d’Ensemble Montréal (nouveau nom du parti d’Équipe Denis Coderre), soit Alan DeSousa, Abdelhaq Sari et Josué Corvil. Par ailleurs, en incluant les conseillers d’arrondissement, seulement six des 103 élus municipaux avaient indiqué à l’issue du dernier scrutin être membres d’une minorité visible, selon des données de la Ville.

«Il faut avoir plus de minorités dans les institutions politiques directes. Pour ça, ça prend des quotas», tranche le président de la Ligue des Noirs du Québec, Max Stanley Bazin, qui rappelle qu’environ 33% des Montréalais sont membres des minorités visibles.

Le conseiller indépendant de Snowdon, Marvin Rotrand, présentera d’ailleurs une motion en ce sens pendant la prochaine séance du conseil municipal, qui commence à 13h, ce lundi. Concrètement, celle-ci demande aux partis politiques d’avoir des amendements au sein de leurs règlements internes pour que le tiers de leurs candidats aux prochaines élections municipales soient membres des minorités visibles ou des communautés autochtones.

Des «candidats poteaux»

Projet Montréal comptait pourtant 23,3% de minorités visibles dans son équipe de candidats, en 2017, contre 19,4% pour l’ancienne Équipe Denis Coderre. Pourquoi le parti de Valérie Plante a-t-il donc réussi à faire élire moins de candidats de la diversité que son principal concurrent?

«Souvent, les partis mettent des candidats dans des arrondissements qui leur sont défavorables», soulève à cet égard Sacha-Wilky Merazil. Aux dernières élections municipales, ce dernier s’était présenté comme candidat pour Projet Montréal dans Montréal-Nord, mais n’a pas remporté son pari. C’est aussi le cas du fondateur de Montréal en action, Balarama Holness, qui avait brigué la mairie de cet arrondissement sous la bannière de Valérie Plante. Un poste qu’a plutôt remporté Christine Black, d’Ensemble Montréal.

«La raison pourquoi les candidats des minorités visibles [de Projet Montréal] n’ont pas été élus en 2017, c’est qu’ils n’étaient pas dans les quartiers gagnants», tranche également M. Holness.

Afin d’éviter que les minorités visibles ne servent de «candidats poteaux» pendant la prochaine campagne électorale, M. Bernier entend s’assurer que Projet Montréal présente cette fois des candidats issus des minorités visibles dans des arrondissements gagnants pour le parti. C’est le cas, entre autres, du Plateau-Mont-Royal, du Sud-Ouest et de Rosemont–La Petite-Patrie.

Or, ces secteurs comptent plusieurs élus de longue date de Projet Montréal. Pour laisser une chance à de nouvelles recrues issues de la diversité, le parti a adopté le weekend dernier, au terme de son congrès annuel, de nouvelles règles en prévision du prochain scrutin municipal. Ainsi, les élus du parti qui souhaiteront briguer un nouveau mandat devront se soumettre au processus d’investiture et pourraient faire face à d’autres aspirants candidats au même poste, ce qui pourrait donner une chance à des membres des minorités visibles.

La Ligue des Noirs du Québec voit d’ailleurs d’un bon œil la possibilité que Projet Montréal écarte des élus de longue date aux prochaines élections pour laisser place à des membres de la diversité, comme l’a révélé Radio-Canada.

«S’ils ne le font pas, ils risquent de perdre un certain momentum», estime Max Stanley Bazin.

L’opposition officielle souligne toutefois qu’une telle mesure risque d’aviver encore davantage les tensions internes au sein du parti au pouvoir.

«Ça crée toute une zizanie au sein du parti de Projet Montréal. Les gens qui ont été élus de bonne foi se sentent tassés. Ce n’est pas la bonne façon d’assurer l’harmonie dans un parti», affirme à Métro le maire de Saint-Laurent et élu d’Ensemble Montréal d’origine pakistanaise, Alan DeSousa.

Ce dernier salue d’ailleurs la «culture d’acceptation» de son parti qui, affirme-t-il, réussit à «faire élire» ses candidats issus des minorités visibles lorsqu’il y a des élections municipales. «On peut toujours faire mieux», concède-t-il néanmoins.

Les élus de Projet Montréal qui souhaitent quitter la vie politique ont jusqu’au 1er janvier pour en informer le parti. Ce dernier se réserve le droit de réserver les sièges qui seraient ainsi laissés vacants à des candidatures féminines ou issues de la diversité.

«Des candidats poteaux, on ne veut plus voir ça.» -Guedwig Bernier, président de Projet Montréal.

Plus de mobilisation

M. Bernier souligne toutefois que plusieurs Montréalais issus de la diversité voudront probablement se présenter l’an prochain sous la bannière de Projet Montréal dans des endroits où le parti «a perdu» en 2017, comme Saint-Michel et Montréal-Nord.

«On est face au défi de mieux se faire connaître dans ces arrondissements», constate M. Bernier, qui est né à Montréal de parents haïtiens. Pour ce faire, il souligne l’importance de mieux financer la prochaine campagne du parti dans ces secteurs l’an prochain. Une tâche qui pourrait s’avérer complexe, alors que Projet Montréal aurait perdu près de 3000 membres depuis son arrivée au pouvoir.

«La pression n’est pas seulement sur les partis politiques», rappelle toutefois M. Holness. Selon lui, les organismes communautaires ont aussi leur rôle à jouer, en s’impliquant davantage en amont des élections municipales pour soutenir les candidats des minorités visibles des différents partis politiques.

Plus de gestionnaires

En prévision des prochaines élections, Projet Montréal compte d’ailleurs demander à ses candidats souhaitant briguer la mairie d’un arrondissement d’améliorer leurs compétences en gestion.

«Il nous faut des candidats avec une vision, mais qui ont aussi une notion de gestion. Quand on a trois ou quatre mille documents à lire pour prendre des décisions […] Il y a beaucoup de dossiers liés à des contrats. Il faut être intéressé par la chose», justifie M. Bernier.

«Est-ce que tous les nouveaux candidats, peu importe leur couleur, doivent avoir une expérience en gestion ou en ressources humaines?», questionne Sacha-Wilky Merazil. Ce dernier craint qu’en imposant de telles exigences, Projet Montréal ne réduise le nombre de candidats des minorités visibles qu’il réussira à recruter dans les prochains mois.

«Ça fait très longtemps que c’est important qu’il y ait davantage d’efforts qui soient faits pour que le conseil municipal de Montréal soit représentatif de la population montréalaise», souligne à Métro le député de Viau au sein du Parti libéral du Québec, Frantz Benjamin. En 2013, alors conseiller du district de Saint-Michel, il avait présenté une motion similaire à celle que propose maintenant Marvin Rotrand. Sept ans plus tard, beaucoup de chemin reste à parcourir, constate-t-il.

Le prochain scrutin municipal aura lieu le 7 novembre 2021.

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