Jean Drapeau vu par Benoit Gignac
Entrevue avec Benoit Gignac, auteur du livre Jean Drapeau – Le maire qui rêvait sa ville.
Plus de 20 ans après son départ de l’hôtel de ville de Montréal, pourquoi parlons-nous encore de Jean Drapeau?
Jean Drapeau a passé 29 ans à l’hôtel de ville. Il est le maire qui, en Amérique du Nord, a fait le plus long mandat. En plus, il a été responsable de plusieurs projets qui ont fait le tour du monde dont l’Expo 67 et les Jeux olympiques de 1976. Enfin, Jean Drapeau était un grand plaideur, il était très flamboyant. À un certain moment, il faisait peur aux premiers ministres du Québec et du Canada. Il a marqué la politique à plusieurs égards.
Sur la scène municipale montréalaise, y a-t-il un autre maire qui a eu autant d’impact que Jean Drapeau?
Camillien Houde a été très important. On l’appelait M. Montréal. Il était un maire populiste très aimé de la population. Mais jamais lui ou un autre maire n’a réussi à faire autant pour Montréal que Jean Drapeau, à qui l’on doit la Place des arts, l’Expo, les Floralies, la Place Ville-Marie, le réseau autoroutier et le métro.
Comment Jean Drapeau est-il parvenu à faire autant?
Au début des années 1960, Montréal vivait une période de prospérité économique incroyable et c’est dans cette période que la majorité des grandes réalisations de Jean Drapeau se sont faites. Ensuite, il y avait tout le courant de la Révolution tranquille et la question de l’affirmation des francophones. Jean Drapeau était un nationaliste et il voulait prouver à l’ensemble du monde que les Canadiens-français étaient capables de faire aussi bien que les autres. Ça a été une motivation importante. Enfin, il faut se rappeler que dans les années 1960, la Ville de Montréal représentait les 2/3 de la région métropolitaine, alors quand le maire parlait, on l’écoutait.
Quel est le plus bel héritage de Jean Drapeau?
Le métro. Parce que le métro n’a pas seulement servi à transporter les gens. Il a aussi servi à créer et à structurer la ville. Il faut aussi se rappeler que quand Jean Drapeau a lancé le projet, ça faisait déjà 50 ans qu’on en parlait à Montréal.
Quel est son pire héritage?
Les Jeux olympiques. Pas pour les deux semaines de l’événement, qui ont été un succès, mais pour le trou financier immense dans lequel il a plongé Montréal en raison de toutes les infrastructures nécessaires à la présentation des Jeux.
Selon vous, y a-t-il un actuel candidat à la mairie qui pourrait se poser en digne successeur de Jean Drapeau?
Non. Et je ne critique pas les candidats en disant ça. Mais la Ville de Montréal ne représente plus que 1/3 de la région métropolitaine. Elle a perdu 50 % de son poids. Pour cette raison, jamais un maire ne pourra réaliser ce que Jean Drapeau a réalisé.
Jean Drapeau – Le maire qui rêvait sa ville
Publié aux éditions La Presse
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