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Les bonbons de Madame Alys

Quand on l’invitait à la télé, on ne savait jamais à quelle Alys Robi on allait avoir affaire. À la dame toute gentille qui nous faisait rigoler avec ses drôles d’histoires. Ou à celle, imprévisible et terrifiante, qui compliquait la vie de tout ce qui bougeait à un mille à la ronde.

Habituellement, l’une venait avec l’autre. Fallait donc être aux aguets pour savoir laquelle des deux allait prendre le dessus. Madame Alys avait parfois – et même souvent – des exigences. «Je veux un chauffeur avec une limousine.» Bien sûr… J’étais donc allé la chercher… avec ma Tercel rouge. Comme limousine, elle avait sûrement déjà vu mieux. Pour le chauffeur, on n’en parle même pas. Mais au moins, ça comblait le caprice du moment. En arrivant devant chez elle – faute de moyens, on avait quand même de la classe – je m’étais empressé de lui ouvrir la porte pour lui offrir la banquette arrière. «Mais pour qui donc me prenez-vous? Je veux être en avant, avec vous!» Comme vous voulez Madame…

En chemin, la dame avait été d’une gentillesse extrême avec moi. Presque trop. «Vous sentez bon, monsieur. J’aime les hommes qui sentent bon, vous savez…» Dix minutes plus tard, on était arrivés à la station. Du moment qu’elle avait pris place dans la salle de maquillage, la lionne avait lâché un de ces cris… «Eille, ma maudite folle, tu vas pas me crever un œil icitte à soir!!!» qu’elle avait lâché à la pauvre maquilleuse qui avait seulement essayé de lui appliquer du fard à paupières. Pour calmer la Madame, on était allés lui acheter un sac de friandises. Des bonbons clairs qu’elle s’était empressée de gober un à un en observant un silence absolu jusqu’à la fin de l’opération make-up. Dans le fond, Madame Alys n’était qu’une toute petite fille.  

En entrevue, elle avait fait rouler sa cassette. Sur ses amours tragiques, sur ses screen-tests supposément tournés à Hollywood, mais que personne n’a jamais vus, sur cette fortune de plusieurs millions dont elle avait été dépossédée. Et que dire de cette célébrité mondiale qui lui avait échappé au moment où tout a basculé…

Entre ce qui a été inventé et entretenu par la légende et la triste réalité, la distance demeure imprécise. Peut-être que tout cela est vraiment arrivé. Peut-être que non. Ce qui serait tout à fait compréhensible, c’est qu’elle ait enjolivé la chose pour mettre un peu de soleil sur son histoire qui fut, aucun doute là-dessus, d’une noirceur effrayante. Au fond, Madame Alys elle-même était la seule à tout savoir. Et encore…

Bonne nuit Madame Alys. Vous étiez bien touchante, vous savez…

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L’art de nous rappeler ce que c’est «voter du bon bord», c’est d’envoyer en zone sinistrée un ministre conservateur qui a l’empathie d’un gant de boxe pour nous expliquer que l’armée a le mandat d’intervenir uniquement en cas d’urgence. Donc, si on comprend bien l’Honorable Ministre Chose, un mois et demi dans la flotte, ce n’est pas une situation d’urgence. Eh ben…  

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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