La guerre des clochers
Les églises font tellement partie du paysage montréalais qu’on ne les voit plus. Et pourtant, toute l’histoire de la diversité des communautés religieuses qui composent la ville qui se cache derrière les clochers. Bien plus que de la ferveur des dévots, les nombreuses églises de Montréal témoignent des luttes d’influence entre les communautés religieuses qui ont découlé de l’arrivée des Anglais, en 1760.
La multiplication des… clochers
La multiplication des clochers à Montréal s’est accélérée avec l’arrivée de sujets de la Couronne britannique dès 1760, ce qui a élargi le spectre des cultes. Beaucoup d’Écossais sont presbytériens, alors que les Anglais sont anglicans. Pour compliquer le tout, certains des Américains qui affluent après les guerres d’indépendance et de Sécession sont méthodistes. Même les catholiques se divisent entre les sulpiciens, qui relèvent de Paris, et les croyants affiliés à l’Église catholique romaine, laquelle tente de s’imposer avec la création du diocèse de Montréal en 1836 sous la juridiction d’un évêque nommé par le Vatican. L’église unie Saint-James (1889) était la plus grande église méthodiste du Canada.
Avenir des églises
À notre époque, les congrégations n’ont plus l’influence d’antan ni les fonds nécessaires pour assurer la pérennité de leurs lieux de culte. La question est toutefois de savoir qui doit hériter de leurs églises désertées. Construites grâce à des fonds privés, elles n’appartiennent pas à l’État, mais de par leurs missions socia-le et religieuse, elles font partie des biens publics. Plusieurs églises sont aujourd’hui transformées en bibliothèques, d’autres sont réaménagées en condos. Certaines sont même vendues à d’autres Églises (adventiste et pentecôtiste, notamment). Des 50 églises construites entre 1760 et 1860 à Montréal, seules 7 existent encore.
Quand le moderne côtoie l’ancien
En 1864, l’église anglicane St. James The Apostle était située bien loin de l’agitation du centre-ville. Des soldats anglais qui jouaient au cricket sur son vaste terrain avaient même surnommé l’église St. Crickets in the Fields! Si, aujourd’hui, elle est presque ensevelie sous les gratte-ciel, elle reste bien intégrée dans l’espace. Le vitrail sur le mur de l’Université Concordia (à gauche) rappelle les vitraux de l’église (à droite), explique Clarence Epstein.
Marie-Reine du Monde : marketing catholique
Les sulpiciens, des catholiques dont le siège était à Paris, sont débarqués très tôt en Nouvelle-France et ont ouvert un premier séminaire à Montréal en 1657. Ils ont régné longtemps sur la ville, mais à partir du 19e siècle, Rome tente d’asseoir son autorité en créant ici des diocèses dirigés par des évêques qui dépendent du Vatican. Cela entraîne une course aux clochers qui culmine avec la reconstruction de la basilique Notre-Dame en 1843 (par les sulpiciens) et l’érection de la cathédrale Marie-Reine- du-Monde en 1894 (à l’initiative de l’évêque du diocèse de Montréal, Mgr Bourget). La cathédrale est une réplique en plus petit de la basilique Saint-Pierre-de-Rome. C’est la volonté de Mgr Bourget d’asseoir l’autorité du Vatican sur le Québec qui explique ce choix. Elle a pu être construite grâce aux nombreuses campagnes de financement de Mgr Bourget. Les statues qui trônent au haut de la façade sont celles des Saints Patrons de généreux donateurs.
La basilique Saint-Patrick
La basilique Saint-Patrick a été construite en 1847, dans le but de desservir les Irlandais qui arrivaient en grand nombre au Québec, fuyant la famine qui sévissait sur leur terre natale. Comme les Irlandais étaient catholiques et anglophones, ils se retrouvaient assis entre deux chaises, puisque la communauté catholique du Québec était francophone et que les anglophones de Montréal appartenaient soit à l’Église anglicane, soit à la presbytérienne.
La cathédrale Christ Church
La cathédrale Christ Church était le joyau de la communauté anglicane. Le prince de Galles en personne a assisté à son inauguration. Les anglicans ont mis un certain avant temps avant de se regrouper et de construire leurs églises. Ils ont dû attendre, pour y arriver, le milieu du 19e siècle. Ce sont les presbytériens qui ont été les premiers protestants à construire leurs propres églises à Montréal. Les anglicans ont toutefois rattrapé leur retard en 1860, avec la cathédrale Christ Church. Située en plein cœur de la rue commerciale Sainte-Catherine, elle témoigne de la prospérité de la communauté anglophone de l’époque, en plus de revendiquer fièrement ses racines britanniques. The llustrated London News écrit à l’époque qu’il s’agit du plus beau spécimen d’architecture ecclésiastique de la colonie, sinon de tout le continent. Montréal devient un véritable bastion protestant au Canada.




