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Ta gueule, Khadr

Frédéric Bérard

C’était évidemment, ou plutôt malheureusement, prévisible. La visite d’Omar Khadr à TLMEP allait déclencher, à nouveau, les réactions les plus vives, polarisées, souvent acerbes.

Lui-même assez controversé merci, Dominic Maurais, animateur de Québec, est allé jusqu’à envoyer un…tweet d’excuse à Trump (who the f** is Dominic Maurais, s’est assurément demandé l’idole de ce dernier), afin de présenter, de la part de «all decent Canadians», des excuses au président parce que CBC, le «TV network de Trudeau (!!)», avait osé invité Khadr.

D’abord, je remercie Maurais de m’exclure de son groupe de «decent Canadians», genre de club un peu gênant, manifestement. Ensuite, faudrait rappeler à ce dernier l’évidence : CBC-Radio-Canada­ ne relève pas du premier ministre, tout comme celui-ci ne possède quelconque influence sur son contenu, particulièrement quand le leader de l’émission visée est un indépendant-opiniâtre-têtu tel Guy A. Lepage. Enfin, savoureuse ironie de voir des défenseurs de la libârté d’expression à tout crin clamer le refus d’entendre une version contraire à leurs réconfortants postulats, lesquels sont essentiellement fondés sur le syllogisme suivant : Khadr est un terroriste-meurtrier-sale, Khadr doit donc fermer sa gueule aujourd’hui.

Sauf qu’au-delà de la propagande et du raisonnement de style marché aux puces, l’affaire est complexe, délicate, nuancée. Pour le réaliser, l’idéal est de connaître les principaux faits de l’histoire, notamment ceux-ci :

– Que Khadr, à peine sorti des couches et à l’instar de ses frères, s’est fait endoctriner solide par son père, ingénieur devenu proche de Ben Laden, menaçant ses fils de les tuer s’ils refusaient de servir la cause, et leur promettant le paradis (une piscine en Jell-O pour Omar, son dessert favori) une fois qu’ils se seraient fait sauter adéquatement. De là l’existence, et l’importance, des conventions internationales sur les enfants-soldats.

– Que le gouvernement canadien a refusé de rapatrier Khadr, plus jeune ressortissant de Guantanamo, alors que Washington renvoyait dans leur pays d’origine, avec l’accord de ceux-ci, les autres détenus.

– Que pendant son emprisonnement à Guantanamo, Khadr a subi les tortures les plus ignobles, toutes interdites par le droit international et canadien : waterboarding, privation de sommeil, menottage au sol de sa cellule pour la nuit, soldats se relayant afin de déféquer sur lui, fauves dans sa cellule.

– Que le gouvernement canadien a lui-même participé à cette torture, comme l’a reconnu la Cour suprême, blâmant sévèrement les agents du Service canadien du renseignement de sécurité, complices de fait des militaires américains, pour avoir violé les droits à la liberté, à la sécurité et à la vie de Khadr.

– Que malgré toutes ces années d’emprisonnement et de tortures, JAMAIS Khadr n’a eu droit à quelconque procès devant un tribunal. Et pourquoi? Parce qu’il n’y a jamais eu de preuves pouvant l’incriminer.

– Que sa responsabilité criminelle a été déterminée par une seule personne : Stephen Harper. Qu’il suffisait à ce dernier de dire que Khadr était terroriste afin de s’éviter de devoir le prouver. Pratique, non?

– Que dans les États de droit et de démocraties qui se respectent, seuls les tribunaux impartiaux, et non des politiciens aux calculs électoralistes, ont le pouvoir de condamner le citoyen, le tout dans le respect du droit, international et national, applicable. Dans le cas contraire, une compensation est due.

Pas du génie nucléaire, me semble.

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