National
09:15 24 mars 2020 | mise à jour le: 24 mars 2020 à 15:54 temps de lecture: 4 minutes

Près de 150 mises à pied chez les anciens journaux de Capitales Médias

Près de 150 mises à pied chez les anciens journaux de Capitales Médias
Photo: 123RF

À peine quelques mois après avoir obtenu le feu vert de la Cour supérieure pour devenir des coopératives de travailleurs, les journaux de l’ex-Groupe Capitales Médias doivent effectuer des mises à pied importantes et cesser leur publication en semaine.

Tous les quotidiens de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2I), soit Le Soleil, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Quotidien, Le Droit et La Voix de l’Est, sont concernés par ces mesures, prises dans la foulée de l’aggravation de la crise du coronavirus.

Au total, quelque 143 des 350 employés de l’organisation seront mis à pied. Un plan a été adopté en urgence lundi soir par les différents conseils d’administration des quotidiens. Des rencontres ont aussi eu lieu dans chaque salle de rédaction mardi matin pour faire le point.

Dans un message adressé à ses lecteurs, la CN2I affirme que «les coûts reliés à l’impression et à la distribution, dans un contexte où les revenus publicitaires chutent de façon brutale, deviennent insupportables pour notre groupe de presse coopératif».

«Ne pas poser un geste important dès maintenant met en péril le plan de relance que nous avons commencé à déployer.» -La Coopérative nationale de l’information indépendante

Les six journaux cesseront leur publication quotidienne dès le 25 mars. Les éditions papier du samedi, souvent plus volumineuses, seront toutefois conservées. Idem pour le contenu sur les applications et plateformes numériques.

Des risques pour l’information locale?

Pour l’expert et professeur à l’École des médias de l’UQAM, Jean-Hugues Roy, la situation est très préoccupante.

«Ça me brise le cœur, ça me jette à terre. Je ne peux pas croire que des villes entières vont se retrouver sans quotidien. Le Québec en a déjà beaucoup moins qu’ailleurs», lance-t-il en entrevue à Métro.

Il ajoute que le gouvernement Legault devra rapidement inclure les médias «dans les mesures d’aide aux entreprises qui s’en viennent». «Le fédéral va devoir aussi s’en mêler. Sinon, ce sont les plus petits médias et l’information locale qui va écoper. Un quotidien qui meurt dans une région, ça veut dire que l’information est littéralement décapitée», s’inquiète-t-il.

«J’ose croire que cette crise va faire réaliser aux gens à quel point c’est essentiel d’être bien informés. J’espère que la population va appuyer les mesures d’aide directes aux médias. Et qu’ils vont s’abonner en masse, ou faire des dons.» -Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’UQAM

Par ces mises à pied, la CN2I cherche surtout à «préserver son bon état financier», dit M. Roy.

«L’annulation de la dette de Groupe Capitales Médias et la conversion en coopérative a donné des liquidités. Ils ne sont pas partis dans le rouge, et ils veulent sauvegarder ça. C’est normal», laisse-t-il entendre.

Québec en réflexion

À plusieurs reprises dans les derniers jours, le premier ministre François Legault a réitéré que «les médias sont un service essentiel» qu’il faut absolument protéger. Le gouvernement caquiste réfléchirait actuellement à plusieurs façons de soutenir l’industrie, qui traverse des moments particulièrement difficiles partout au Québec.

Joint par Métro, le ministre du Travail Jean Boulet reconnaît que la situation actuelle «est ardue pour de nombreuses entreprises, ce qui amène malheureusement ces dernières à faire certaines mises à pied».

«En cette période difficile, je partage les inquiétudes des travailleurs et j’invite tous et chacun à faire preuve de courage. Je dis aux Québécois: tenez bon. Nous allons ensemble passer au travers.» -Jean Boulet, ministre du Travail
En août, quand Groupe Capitales Médias (GCM) et son propriétaire de l’époque Martin Cauchon avaient déclaré faillite, Québec a rapidement accordé une aide d’urgence de 5 M$ à l’entreprise. Le gouvernement s’était aussi rangé en novembre derrière le modèle de coopératives de travailleurs.

Articles similaires