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La mort de Joyce Echaquan a exacerbé les craintes des Atikamekws envers le système de santé

La mort Joyce Echaquan a exacerbé les craintes des Atikamekws envers le système de santé
Le chef de la communauté de Manawan, Paul-Émile Ottawa. Photo: Josie Desmarais/Métro

Le décès de Joyce Echaquan, cette mère de famille atikamekw morte le 28 septembre dernier à l’hôpital de Joliette sous les insultes racistes du personnel soignant, a exacerbé les craintes des Atikamekws vis-à-vis des soins de santé allochtones.

C’est ce qu’a laissé savoir le Chef Paul-Émile Ottawa de la communauté atikamekw de Manawan, d’où était originaire Joyce Echaquan, lors de sa présentation à l’enquête publique visant à faire la lumière sur le décès. 

Joyce Echaquan est décédée des suites d’un œdème pulmonaire, potentiellement lié à une maladie cardiaque rare. Lorsque la patiente a filmé sa vidéo diffusée en direct, elle était en détresse

En effet, l’oedème pulmonaire réduit l’apport en oxygène et rend les patients «extrêmement anxieux» parce qu’ils ont «l’impression qu’ils vont mourir noyés», avait expliqué l’urgentologue Alain Vadeboncœur à la barre la semaine dernière.

Le personnel soignant a plutôt ignoré et méprisé ses appels au secours. Le Dr Vadeboncœur pense que la mort de Mme Echaquan aurait pu être évitée avec une «meilleure surveillance» et une «intervention plus précoce» de la part du personnel soignant.

L’incapacité de sauver Joyce Echaquan a été un «grand traumatisme» pour les membres de la communauté atikamekw de Manawan, a déclaré à la barre le Chef Paul-Émile Ottawa. «Nous sommes les premiers touchés. Joyce était notre sœur à tous et nous avons vu sa mort en direct, sans pouvoir y faire quoi que ce soit», a-t-il mentionné.

Ces craintes passent par les pensionnats

Les craintes des membres de la communauté atikamekw de Manawan vis-à-vis le système de santé passent par leurs mauvaises expériences, mais aussi par la colonisation et les pensionnats, a exposé le Chef Paul-Émile Ottawa devant la coroner.

En effet, les neurosciences prouvent actuellement que les préjudices du passé ont un impact significatif sur de nombreuses générations tant que justice n’est pas rendue, a-t-il poursuivi. C’est pourquoi celles-ci transportent les séquelles des indignités subies par leurs générations passées.

«Même en ayant des soins adéquats, nous ne pouvons être en totale confiance envers le système, car nous connaissons toutes les personnes qui n’ont pas eu de bons services et ont été meurtries par des propos et des actes racistes. Ceux qui les perpétraient étaient protégés par les systèmes mis en place dans les établissements pour que personne ne soit puni», a-t-il affirmé.

Recommandations du Chef Ottawa

Le Chef Paul-Émile Ottawa a ensuite présenté ses recommandations. 

Celles-ci comprennent notamment des formations aux réalités autochtones dans les communautés et hors communautés pour les professionnels de la santé, simplifier le processus de plaintes, ainsi que d’ajouter du personnel dans les hôpitaux qui ont une clientèle autochtone plus élevée.

En plus de reconnaître le racisme systémique, le Chef Ottawa recommande d’adopter le Principe de Joyce, développé par le Conseil de la Nation Atikamekw, qui vise «à garantir à tous les Autochtones un droit d’accès équitable, sans aucune discrimination, à tous les services sociaux et de santé».

Un de ses souhaits est de voir le Principe de Joyce intégré dans le rapport final de la coroner et soit reconnu et appliqué par le système de la santé. «Il faut mettre un point final à la situation. Je pense que c’est à cette condition essentielle que la confiance va être établie», a-t-il souligné.

Pour le moment, le gouvernement du Québec n’entend pas adopter le Principe de Joyce et refuse de reconnaitre la présence du racisme systémique dans la province.

À ce sujet, le Grand Chef Constant Awashish du conseil de la Nation Atikamekw, qui a témoigné juste après le Chef Ottawa, a invité le premier ministre François Legault a «prendre le temps de bien réfléchir». «Est-ce qu’il veut léguer un héritage d’homme fort ou un héritage de grand homme?», a-t-il demandé.

L’agente syndicale de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Marie-Chantale Bédard, et la nouvelle PDG du CISSS de Lanaudière, Maryse Poupart, doivent aussi présenter leurs recommandations mardi.

La dernière journée des audiences, mercredi, est réservée pour le volet «représentations» de cette enquête publique. Tour à tour, les avocats des différentes parties feront leurs plaidoiries devant la coroner qui préside l’enquête, Géhane Kamel.

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