Charbonneau: les liens BPR – Housakos évoqués
OTTAWA – Les liens entre l’une des plus importantes firmes d’ingénierie du Québec et un sénateur conservateur ont été évoqués cette semaine devant la Commission Charbonneau.
Le président de BPR, Pierre Lavallée, a admis lundi qu’il avait versé des milliers de dollars de ses fonds personnels pour obtenir de lucratifs contrats de la Ville de Montréal.
Mardi matin, les procureurs de la commission ont continué à questionner M. Lavallée sur les pots-de-vin versés par sa firme, puis se sont soudainement mis à l’interroger sur le sénateur conservateur Leo Housakos.
Ils ont demandé à M. Lavallée s’il connaissait les liens qu’entretenait le sénateur conservateur Leo Housakos avec le parti Union Montréal, qui aurait prétendument reçu les pots-de-vin. On lui a aussi posé des questions sur le rôle de M. Housakos au sein de l’Action démocratique du Québec (ADQ).
M. Housakos a travaillé à la campagne à la mairie de Gérald Tremblay, du parti Union Montréal, et au sein de son administration en 2001 et 2002. Il est plus tard devenu responsable du financement à l’ADQ.
M. Lavallée a répondu qu’il ne connaissait pas M. Housakos avant 2008, lorsqu’il l’a embauché pour prendre la direction d’une filiale de BPR. «On s’était entendu avec lui à la fin de décembre 2008 (…) et il y a un premier ministre qui lui offre un job de sénateur après», a témoigné M. Lavallée.
«Et puisque vous voulez compléter l’histoire, à l’époque, l’emploi — je ne devrais peut-être pas dire ça comme ça — un sénateur semblait un emploi de sinécure. Et donc conséquemment, il (M. Housakos) (était allé) vérifier auprès du conseiller à l’éthique qu’il avait le droit de continuer un emploi, et que le sénateur était une tâche qui ne prenait pas beaucoup de son temps», a ajouté le témoin.
Mais il est plus tard devenu clair que l’emploi de M. Housakos chez BPR était incompatible avec son poste de sénateur, et sa collaboration avec l’entreprise a pris fin à l’été 2009, a continué M. Lavallée.
BPR avait précédemment fait savoir au responsable de l’éthique du Sénat que l’emploi de M. Housakos avait officiellement pris fin le 1er octobre 2009.
Blanchi par le Sénat
Plus tard en 2009, le responsable de l’éthique du Sénat a conclu que M. Housakos n’avait enfreint aucune règle dans ses liens avec BPR. Un consortium, dont faisait partie l’entreprise, avait obtenu un lucratif contrat fédéral pour le pont Champlain alors que le sénateur était toujours à l’emploi de la firme de génie.
En mai 2009, M. Lavallée ainsi que des dirigeants de BPR et d’autres firmes de génie ont participé à une activité de financement du Parti conservateur, organisée notamment par M. Housakos. Le sénateur a affirmé à La Presse Canadienne plus tard cette année-là qu’il n’avait pas invité ses collègues de BPR à l’événement, et qu’il avait seulement appris après coup qu’ils y assistaient.
Il a indiqué aux responsables de l’éthique du Sénat qu’il n’avait jamais discuté de contrats fédéraux ou d’affaires avec les gens de BPR, et qu’il ne savait même pas que la firme participait à l’appel d’offres pour le pont Champlain.
Ce n’est pas la première fois que le nom du sénateur conservateur est prononcé à la Commission Charbonneau. Selon d’autres preuves présentées à la commission, M. Housakos avait rencontré deux entrepreneurs en construction au club privé 357C du Vieux-Montréal en 2007 et en 2008, alors qu’il travaillait pour l’ADQ. L’un de ces entrepreneurs, Paolo Catania, fait face à des accusations de fraude.
M. Housakos soutient que l’on ternit sa réputation par association, et veut savoir pourquoi il a été question de lui devant la commission d’enquête. «Lorsque l’on rencontre des gens et que l’on interagit avec eux, on ne présume pas que dans deux, trois ou cinq ans, ils vont être accusés de crime sérieux», se défendait-il en novembre à La Presse Canadienne.
«Quand j’ai rencontré ces gens-là, je n’avais aucune raison de croire que trois ou quatre ans plus tard, les choses qui sont ressorties ressortiraient.»