Les justiciers démasqués
Depuis quelques jours, on fait grand état du gars qui, en voulant copier le travail des journalistes de l’émission J.E. de TVA, a tendu des pièges à des pédophiles, pour ensuite aller les confronter, caméra à la main. Le gars – et ils sont plusieurs à penser comme lui – estime que nos corps policiers n’en font pas assez pour débusquer les prédateurs qui sévissent sur le net. Devrions-nous célébrer l’initiative? Pas sûr…
Admettons que les motivations du monsieur soient pures et sincères. Admettons qu’il finisse par pincer une couple de dépravés dans le cadre de son action de justicier-citoyen. Admettons même qu’il pourrait y avoir du bon dans son histoire. Cette affaire n’a carrément pas de bon sens. Et ce qui m’inquiète
par-dessus tout, c’est quand je pense à ceux qui seraient tentés de joindre la parade du grand nettoyage avec des desseins, disons, un peu moins sains.
Ils sont légion, ceux qui pourraient en profiter pour cochonner malicieusement la réputation d’un voisin qui les fait suer. Ou encore pour le soumettre au plus vil des chantages. On pense aussi aux autres Rambo-en-chômage qui aimeraient donc se transformer une fois pour toutes en dépositaires de la loi et l’ordre en se tapant un power trip à la con. Ça s’est déjà vu.
Rappelez-vous les Anges gardiens qui sévissaient dans le métro de Montréal au milieu des années 1980… C’était dans les faits une vigile populaire formée d’une poignée de mercenaires à 5 cennes qui disaient assurer la sécurité de la veuve et de l’orphelin en copiant ce qui se faisait à la même époque dans le métro de New York. Habillés en tenue de camouflage avec leurs grosses bottes et leur gourde d’eau en bandoulière, ils avaient si peu à sauver qu’ils arpentaient les wagons en nous faisant des gros yeux si on avait le malheur de ne pas être assis assez droit sur notre banc. Des vrais tatas. Sauf qu’un tata lâché lousse, on ne peut jamais deviner jusqu’où ça peut aller dans son délire…
Donc, en attendant, on fait quoi pour contrer la prolifération des maniaques qui cruisent nos jeunes sur le net? Y a pas mille solutions : on appelle la police. Bête de même. On moucharde, on dénonce, on stoole, appelez ça comme vous voulez, mais on doit s’en remettre au seul appareil répressif et légitime que la société a mis en place. Et ça, ça s’appelle la police. Un point, c’est tout. Jusqu’à preuve du contraire, ça fait toujours partie de sa job de nous protéger. Et si la police n’agit pas assez rapidement à notre goût, on rappelle. Une fois, deux fois, dix fois s’il le faut. N’en déplaise aux nostalgiques du Far West et autres journalistes à sensation qui s’approprient dangereusement le droit de faire des interventions de la sorte. Au bout du compte, on voit bien ce que ça donne…
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.