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19:29 18 septembre 2013 | mise à jour le: 30 octobre 2013 à 20:19

En route vers l’électrification des transports?

En route vers l’électrification des transports?
Photo: Archives Métro

Alors que des séances de consultation publique sur les enjeux énergétiques du Québec auront lieu cette semaine à Montréal, Métro, en collaboration avec l’Institut économique de Montréal (IEDM), propose une série sur l’énergie. Cinq capsules factuelles, portant chacune sur un thème particulier, seront commentées par deux experts afin de lancer un débat qui se poursuivra sur l’internet.

De 1990 à 2009, les véhicules ont amélioré leur efficacité énergétique : les camions lourds utilisent 22 % moins de diesel alors que les voitures ont diminué leur appétit pour l’essence de 15 % pour parcourir la même distance.

Malgré des véhicules beaucoup plus efficaces sur le plan énergétique, la consommation de combustibles fossiles par le secteur des transports a augmen­té de 19,5 %. Cette tendance d’apparence contradictoire s’explique par le fait qu’il y a aujourd’hui environ 2 millions de véhicules de plus qu’en 1990 sur les routes du Québec.

Le secteur des transports dans son ensemble (routier, aérien, ferroviaire et maritime) est responsable des trois quarts de la consommation de pétrole au Québec et de 44 % des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Les combustibles fossiles servent de carburant à la vaste majorité des 4,9 millions de voitures et camions légers en circulation dans la province. Dans cette catégorie, en 2012, on comptait 20 611 véhicules hybrides et 961 véhicules électriques, ce qui représente une proportion de 0,42 % et 0,02 %, respectivement.

Ce que l’on appelle l’électrification des transports fait référence à des actions gouvernementales pour encourager la fabrication et la vente de véhicules électriques au Québec. Elle a pour principal objectif que 25 % des véhicules légers pour passagers vendus au Québec en 2020 soient électriques.

Pour atteindre cette cible, environ 32 000 voitures et ca­mions légers électriques devront être vendus au Québec durant la seule année 2020. En 2012, il s’est vendu 440 véhicules de cette catégorie, avec l’appui d’une subvention gouvernementale de 8000 $ par achat. (Texte de l’IEDM)

Sources : Société de l’assurance automobile du Québec, Ministère du développement durable, de l’environnement et des parcs, Plan d’action 2011-2020 sur les véhicules électriques, Document de consultation de la commission sur les enjeux énergétiques du Québec

Avis d’experts

Daniel Bouchard: «Il faut penser à plus que la voiture seule»

Daniel Bouchard est responsable des questions de transport et de l’aménagement du territoire au Conseil régional de l’environnement

Quel est le principal défi de l’électrification des transports?
Pour le Québec, le grand défi, c’est de réduire notre dépendance au pétrole et de réduire la balance financière négative qu’on a par l’importation de pétrole. C’est la même chose pour l’environnement. Étant donné les impacts négatifs de l’utilisation du pétrole et de ses dérivés, on a tout intérêt collectivement à électrifier nos transports.

Est-il réaliste de croire que le quart des voitures qui circuleront sur les routes du Québec en 2020 seront électriques?
De mon point vue, il y a plusieurs objectifs qui sont en amont de celui-là. À Mont­réal, il y a environ 73 % des déplacements en voiture, 20 % en transport collectif et 10 % en transport actif. L’objectif de la Direction de la santé publique, c’est que 50 % des déplacements se fassent par transport en commun et actif d’ici 2020. Si on atteint cet objectif, ce serait intéressant d’électrifier un pourcentage des véhicules restants parce qu’ils seraient difficilement transférables. De donner un objectif sur le nombre de véhicules électriques ven­dus en 2020, c’est un peu particulier. Il faudrait avoir la bonne proportion modale en premier. Ensuite, il faudrait progressivement tenter d’électrifier les véhicules et même là, les véhicules n’ont pas tous la même valeur. Quand on électrifie les taxis et les voitures d’auto-partage, on a entre 8 et 10 fois plus de gains environnementaux.

Que vous attendez-vous du grand chantier sur l’électrification des transports que veut lancer le gouvernement de Pauline Marois?
J’aimerais qu’il y ait une ligne claire indiquant que la stratégie, c’est d’électrifier les transports, en particulier les transports collectifs et les voitures les plus utilisées, tout en gardant certains outils pour les autres modes de déplacement. Il pourrait aussi penser à plus que la voiture seule pour électrifier les transports. Il pourrait cibler les véhicules hors route, comme les tracteurs, la machinerie agricole et autres. Ça serait bien qu’il y ait une vision globale.
Propos recueillis par Marie-Eve Shaffer

automobiles

Youri Chassin: «On doit se poser la question du coût»

Youri Chassin est économiste de l’IEDM

Quel est le principal défi de l’électrification des transports?
C’est la demande des Québécois pour l’électrification des transports. La voiture solo tout électrique n’est pas très populaire, sans doute en partie en raison de son coût. Pour ce qui est de l’électrification des transports en commun, c’est une piste qui peut être intéressante. Le gouvernement a certainement un rôle à jouer, mais on doit se poser la question du coût.

Est-ce qu’on est prêt à payer notre titre de transport en commun plus cher pour pouvoir avoir accès à des transports en commun tout électriques?
Les gens veulent se déplacer avec moyens de transport électrifiés, mais ils ne sont pas nécessairement prêts à payer le prix actuel. Alors, il faut trouver les solutions les plus économiques pour pouvoir commencer à électrifier les transports.

Est-il réaliste de croire que le quart des voitures ven­dues en 2020 seront électriques?
Si le gouvernement avait prévu 2,5 G$ pour at­teindre cet objectif en subventionnant lourdement l’achat de voitures électriques, je me dirais qu’au moins on s’est donné les moyens. Présentement, je ne pense pas que c’est le cas. On a prévu un crédit d’impôt im­portant qui existe depuis quelques années, mais on a remarqué une hausse des ventes de voitures électriques seulement l’an dernier. Il y a peut-être une indication que ça va mieux, mais on
est encore trop loin des 32 000 voitures par année.

Que vous attendez-vous du grand chantier sur l’électrification des transports que veut lancer le gouvernement de Pauline Marois?
Je crains qu’on utilise des surplus d’électricité dont dispose Hydro-Québec. Ces surplus seront temporaires alors que quand on installe de l’infrastructure qui fonctionne à l’électricité, c’est plus permanent. Il y a aussi un risque qu’on fasse des projets pour absorber des surplus temporaires, que ces projets ne soient plus aussi intéressants sur le plan économique. Je pense que ce serait intéressant de voir où c’est le plus efficace.

On a fait des promesses ambitieuses qui ne coûtent pas cher à formuler. J’ai l’impression qu’on a fait beaucoup de belles promesses un peu en l’air.
Propos recueillis par Marie-Eve Shaffer

Sujets
Voici les cinq sujets qui seront abordés cette semaine.

  • Lundi : Quel est le portrait de la consommation d’énergie au Québec?
  • Mardi : Quel est le portrait de la production d’énergie au Québec?
  • Hier : Quel est le coût des différentes sources d’électricité?
  • Aujourd’hui : En route vers l’électrification des transports?
  • Demain : Allons-nous manquer de pétrole?

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